Les musées des phares à travers le monde
Un patrimoine maritime sous vitrine
La lumière des phares a guidé des générations de marins, mais c'est dans les musées que leur histoire s'est réfugiée depuis l'automatisation. Des lentilles de Fresnel démontées de leurs tourelles aux journaux de bord où des gardiens notaient chaque nuit de brume, ces collections constituent une mémoire irremplaçable de la vie côtière. Certains musées occupent d'anciens phares transformés en lieux d'exposition ; d'autres ont été construits expressément pour accueillir des artefacts que nulle tour ne pouvait plus abriter. Ouvrez la carte pour localiser les phares proches de chacun de ces établissements.
Le Musée national des phares de Finlandia, Kotka
Le Suomen majakkaseura — l'association finlandaise des phares — a réuni à Kotka une collection remarquable autour du phare de Kaunissaari et du navire-feu Relandersgrund, un bâtiment de 1888 aujourd'hui amarré à quai. À bord, les visiteurs découvrent les couchettes étroites des équipages, la lanterne de service à huile de colza et le tableau de signaux Morse qui permettait aux gardiens de communiquer avec le continent. La collection de lentilles comprend plusieurs optiques de troisième ordre, dont les primes de verre taillé captent la lumière du soleil du nord avec une précision saisissante.
Le Shore Village Museum, Rockland, Maine
Fondé en 1977 à Rockland, dans le Maine — ville qui se considère elle-même comme la capitale mondiale des phares —, le Shore Village Museum abrite la plus grande collection de matériel de phares des États-Unis accessible au public. On y trouve plus de deux cents bouées, des cornes de brume à vapeur, des lampes à huile d'olive de différents calibres, et plusieurs lentilles de Fresnel allant du quatrième au premier ordre. La pièce maîtresse est une optique biprismatique de premier ordre provenant du phare de Petit Manan, une tour de 37 mètres construite en 1855 sur une île rocheuse du golfe du Maine. L'entrée est gratuite, ce qui en fait l'un des musées maritimes les plus accessibles de la côte Est.
Le Musée de la Trinity House, Penzance
Trinity House, l'autorité chargée des phares d'Angleterre, du pays de Galles et de Gibraltar depuis une charte royale de 1514, gère à Penzance une collection permanente couvrant cinq siècles d'aide à la navigation. Des plans originaux de John Smeaton pour la troisième tour d'Eddystone, des spécimens de lampes à huile de baleine et les croquis de l'ingénieur James Douglass pour le phare de Wolf Rock, construit entre 1861 et 1869 sur un récif à 14 kilomètres des côtes des Cornouailles, constituent les pièces les plus commentées. Wolf Rock, dont la tour de 41 mètres émet un éclat blanc toutes les quinze secondes visible à 23 milles nautiques, reste l'un des défis d'ingénierie les plus admirés de l'histoire britannique.
Le Farø Maritime Center, Danemark
Installé dans l'ancienne station de pilotage de l'île de Farø, au milieu du détroit de Storstrøm, ce centre danois s'est spécialisé dans les navires-phares et les bouées lumineuses de la mer Baltique. La collection comprend le Læsø Rende, un navire-feu de 1909 dont le feu à éclipses rouge et blanc signalait le chenal de Læsø entre le Kattegat et le Skagerrak. Les lentilles rotatives de ces bâtiments, montées sur bain de mercure pour réduire la friction, sont exposées à côté des mécanismes d'horlogerie à poids qui les actionnaient — un spectacle fascinant de mécanique de précision.
Le Lighthouse Museum de Genova-Lanterna, Italie
La Lanterna de Gênes, construite en 1543, est l'un des phares habités les plus anciens du monde encore en service. Sa tour de 77 mètres émet deux éclats blancs toutes les vingt secondes, visibles à 27 milles nautiques. À la base de la tour, un musée retraçe neuf siècles d'histoire maritime génoise, depuis les premières feux de bois signalant l'entrée du port jusqu'aux optiques électriques modernes. Des maquettes à l'échelle reproduisent les différentes phases de construction de la tour, qui fut détruite puis reconstruite deux fois entre le XIVe et le XVIe siècle. Le musée est ouvert le week-end et lors des journées du patrimoine ; l'accès à la galerie de la tour est conditionné aux conditions météorologiques.
Le Musée Pointe-au-Père, Québec
À Rimouski, sur la rive sud du Saint-Laurent, le Site historique maritime de la Pointe-au-Père regroupe un phare classé, le sous-marin NCSM Onondaga et un musée consacré au naufrage de l'Empress of Ireland en 1914, qui fit 1 012 victimes. Le phare lui-même, bâti en 1909 avec sa tour octogonale de 33 mètres en béton armé, fut le dernier point de contact de l'Empress avant sa collision fatale dans le brouillard du Saint-Laurent. La lentille de deuxième ordre qui l'équipait, démontée lors de l'automatisation en 1975, est exposée dans la salle principale. Des guides en costumes d'époque font visiter les logements des gardiens restaurés avec un souci de détail remarquable.
Le Museum of the Albatross, Gotland, Suède
Sur l'île de Gotland, au large des côtes suédoises de la Baltique, le navire-feu Albatross de 1915 est devenu un musée flottant amarré dans le port de Visby. Ce bâtiment de 58 mètres occupait divers postes dans les eaux suédoises jusqu'en 1972, dont le poste Kungsgrundet dans l'archipel de Stockholm. Les cabines de l'équipage, la salle des machines et le logement du commandant ont été restaurés dans leur état des années 1950. La lanterne centrale, une optique catadioptriques de quatrième ordre, est encore opérationnelle lors des nuits d'exposition spéciales organisées chaque été.
Répertoire des collections privées
Au-delà des grands musées institutionnels, des dizaines de collections privées méritent le détour. Le Lighthouse Depot à Wells-next-the-Sea, dans le Norfolk, tient lieu de magasin spécialisé et de salle d'exposition permanente, avec des lentilles, des lampes à main, des plaques de signalisation et des milliers de documents photographiques issus des archives de Trinity House. Aux États-Unis, la United States Lighthouse Society de San Francisco conserve une bibliothèque de recherche et organise des visites de phares actifs sur demande. Ces associations sont souvent les seuls gardiens d'archives qui auraient autrement disparu lors de la fermeture des stations.
Préserver ce que l'automatisation a mis en péril
La grande vague d'automatisation des phares — complète en France dès 1990, au Royaume-Uni en 1998, aux États-Unis au début des années 1990 — a libéré d'immenses quantités d'équipements. Beaucoup ont rejoint des collections muséales grâce à des associations comme l'International Lighthouse Preservation Society ou les Amis des phares et balises en France. Sans leur intervention, des optiques de Fresnel fabriquées à Paris par la maison Barbier, Bernard et Turenne, des mécanismes d'horlogerie construits par les frères Sautter, ou des journaux de service tenus par des générations de gardiens auraient tout simplement été mis au rebut. Certaines pièces ont heureusement été réintégrées dans les phares eux-mêmes, comme à Cordouan — classé monument historique depuis 1862 et patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2021 —, où la lentille tournante d'origine de premier ordre est toujours en service.
Comment visiter
La plupart des musées de phares sont saisonniers, ouverts d'avril à octobre. Les sites scandinaves et canadiens ont souvent des horaires restreints en dehors de juillet et août. Avant de vous déplacer, vérifiez si le phare attenant est également accessible : grimper les marches d'une tour de 30 à 50 mètres après avoir vu les artefacts dans le musée donne une tout autre dimension à l'expérience. Le Musée maritime de l'Atlantique à Halifax, par exemple, propose un parcours combiné avec la visite du phare de Sambro Island, le phare en activité le plus ancien d'Amérique du Nord, en service depuis 1760.