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Le Northern Lighthouse Board

Une institution née des naufrages

Le 10 août 1786, le navire de passagers Janet naufragea sur les rochers de Scurdie Ness en Écosse, emportant une soixantaine de vies. Ce drame, l'un parmi des dizaines survenus chaque année sur les côtes écossaises, poussa enfin le Parlement britannique à agir. Le même mois, le Lighthouse Act créait les Commissioners of Northern Lighthouses, connus aujourd'hui sous le nom de Northern Lighthouse Board (NLB). La mission était simple et urgente : éclairer les côtes rocheuses et les archipels insaisissables de l'Écosse, des Hébrides, des Orcades et des Shetland, là où le nombre de navires naufragés dépassait toute autre côte européenne comparable.

Aujourd'hui, plus de deux cent trente-cinq ans après sa fondation, le NLB administre deux cent dix phares, quatre cents bouées lumineuses et quelque mille quatre cents aides à la navigation mineures dispersées sur seize mille kilomètres de côtes. Son budget provient des droits de navigation perçus sur les navires de commerce faisant escale dans les ports britanniques — un système de financement qui remonte au XVIIe siècle et que partage Trinity House pour l'Angleterre et le pays de Galles.

Les Stevenson : une dynastie d'ingénieurs

Aucune famille n'est plus étroitement associée au NLB que les Stevenson. Robert Stevenson, nommé ingénieur en chef en 1808, fut le premier d'une lignée qui allait dominer la profession pendant un siècle entier. Son chef-d'oeuvre reste le Bell Rock Lighthouse, inauguré en 1811 sur un récif de grès immergé à vingt kilomètres au large d'Arbroath. À cette époque, le Bell Rock était réputé être le site de construction le plus périlleux jamais tenté : l'équipe ne disposait que d'une heure environ par marée basse pour travailler avant que les eaux ne reviennent. La tour en granit de trente-six mètres que Stevenson érigea résiste toujours à la mer du Nord, deux cent quatorze ans plus tard, sans intervention majeure sur sa structure.

Son fils Alan Stevenson construisit le phare de Skerryvore entre 1838 et 1844, sur un récif encore plus exposé que le Bell Rock, à dix-neuf kilomètres au large de l'île de Tiree dans les Hébrides intérieures. La tour de quarante-huit mètres, taillée dans du gneiss de Hynish, est souvent décrite comme le plus beau phare britannique. Alan souffrait de dépression nerveuse et se retira prématurément, mais son petit-fils David Alan Stevenson prolongea la tradition jusqu'à la Première Guerre mondiale. Robert Louis Stevenson, romancier, était le neveu d'Alan — il accompagna son père en inspection et publia quelques textes évocateurs sur la vie des gardiens, avant de décider que la littérature lui convenait mieux que l'ingénierie.

Les phares des îles lointaines

Les îles Shetland, à soixante kilomètres des côtes norvégiennes et bien plus proches de Bergen que d'Édimbourg, posent les défis logistiques les plus complexes du réseau NLB. Le phare de Muckle Flugga, construit par David et Thomas Stevenson en 1854 sur un îlot rocheux à l'extrémité nord du Royaume-Uni, fut érigé en urgence pour fournir un point de repère aux navires faisant route vers Crimée pendant la guerre. La tour de vingt-deux mètres se dresse au sommet d'un rocher dont l'accès n'est possible qu'en conditions météo exceptionnelles. Automatisé en 1995, il reste l'un des phares les plus photographiés d'Écosse.

Dans les Orcades, le phare de Noss Head surveille l'entrée du Pentland Firth, l'un des passages maritimes les plus dangereux d'Europe, où les courants de marée atteignent régulièrement dix noeuds. Construit en 1849, il émet un feu blanc à deux éclats toutes les vingt secondes, visible par temps clair jusqu'à vingt-cinq milles nautiques. Les ferries qui relient Scrabster à Stromness le croisent plusieurs fois par semaine.

L'automatisation et ses conséquences

Le NLB a achevé l'automatisation de l'intégralité de son réseau en 1998, avec l'extinction de la lampe gardée en dernier lieu au phare de Fair Isle South, entre les Orcades et les Shetland. Ce processus, qui s'est étalé sur trente ans, a transformé le visage des communautés insulaires écossaises : les familles de gardiens représentaient parfois l'essentiel de la population permanente d'un îlot. À Fair Isle, les gardiens et leurs familles constituaient une part notable d'une population qui ne dépasse aujourd'hui pas soixante personnes.

L'automatisation a permis des économies substantielles — entretenir un phare gardé coûtait environ dix fois plus cher qu'un phare automatisé de même capacité — mais elle a aussi laissé des logements abandonnés dans des sites spectaculaires. Le NLB loue aujourd'hui certains de ces cottages de gardiens comme hébergements touristiques, générant des revenus complémentaires tout en préservant le bâti historique. Le phare de Corsewall, dans le Galloway, est ainsi devenu un hôtel quatre étoiles dans une tour néogothique de 1817.

La technologie moderne et la résilience du réseau

Depuis l'automatisation, le NLB a progressivement équipé ses phares de systèmes de surveillance à distance. Un centre de contrôle à Édimbourg reçoit en temps réel les données de fonctionnement de chaque feu : consommation électrique, état des lampes, alertes de panne. Les techniciens peuvent intervenir sur la plupart des sites en moins de douze heures, grâce à un réseau de trois navires de service — les NLV Pharos, Pole Star et Fingal — et à des hélicoptères contractuels.

Le NLB a également joué un rôle pionnier dans l'adoption des LED pour l'éclairage des phares. La LED consomme dix fois moins d'énergie qu'une lampe halogène d'ancienne génération pour une portée équivalente, et sa durée de vie dépasse quinze mille heures contre quelques centaines pour les lampes traditionnelles. Sur les îles les plus reculées, alimentées par panneaux solaires et batteries, ce gain d'efficacité est la condition sine qua non du maintien du service.

Patrimoine et ouverture au public

Environ soixante phares administrés par le NLB sont accessibles au public à des degrés divers. Le phare de Kinnaird Head, à Fraserburgh, abrite depuis 1995 le Museum of Scottish Lighthouses, installé dans la tour elle-même — une ancienne forteresse médiévale convertie en phare en 1787, soit l'une des premières constructions du NLB. Le musée conserve une collection impressionnante de lentilles de Fresnel d'époque, de journaux de bord et d'équipements de gardiens.

Le NLB organise chaque été des journées portes ouvertes sur plusieurs de ses sites, permettant aux visiteurs de monter dans des tours habituellement fermées. L'expérience de grimper les escaliers en colimaçon d'un phare Stevenson, de passer devant les étages de logement des anciens gardiens et d'atteindre la chambre des lampes avec son optique à prismes d'une précision horlogère reste sans équivalent pour comprendre ce que fut la vie de gardien pendant un siècle et demi.

Pour localiser les phares du réseau NLB sur la carte et planifier une visite sur les côtes écossaises, ouvrez la carte et explorez l'archipel insulaire le plus densément balisé d'Europe.