← Retour au blog

Grandes tempêtes et pertes de phares

La première tour d'Eddystone : une catastrophe annoncée

Aucun récit dans l'histoire des phares n'illustre aussi clairement la lutte entre l'ingénierie et la mer que la succession des tours sur le récif d'Eddystone, à 22 kilomètres au sud-ouest de Plymouth. Le récif, affleurant à marée basse, barrait la route des navires entrant et sortant du port de Plymouth depuis des siècles. Les naufragés s'y comptaient par dizaines chaque génération.

La première tour fut construite par Henry Winstanley, un ingénieur amateur et impresario de spectacles, entre 1696 et 1698. Winstanley était un homme d'une confiance en lui remarquable : il déclara publiquement vouloir rester dans sa tour lors de la pire tempête imaginable. La tempête du 26 au 27 novembre 1703 — la grande tempête qui dévasta l'Angleterre du sud et tua entre huit mille et quinze mille personnes selon les estimations — lui donna satisfaction. Winstanley, cinq assistants et le gardien furent tous tués ; il ne resta aucune trace de la tour au matin du 27 novembre. Le navire Winchelsea s'échoua sur Eddystone la nuit même, tuant ses cent quatre-vingt-dix passagers et membres d'équipage.

La deuxième tour, construite par John Rudyerd de 1706 à 1709, fut plus sobre architecturalement. Une structure conique en bois et granit, cerclée de fer forgé, résista vingt ans avant de brûler intégralement en décembre 1755, la lanterne à huile ayant mis feu à la charpente de bois.

John Smeaton et la tour de granite

C'est la troisième tour d'Eddystone, construite par John Smeaton entre 1756 et 1759, qui résolut définitivement le problème structurel. Smeaton abandonna le bois au profit d'un assemblage de blocs de granite et de calcaire de Portland liés par un mortier hydraulique de sa composition, capable de durcir sous l'eau. Chaque bloc était taillé pour s'encastrer dans ses voisins selon un système de tenons et mortaises, de sorte que la tour formait un monolithe intégré plutôt qu'un empilement.

La tour de Smeaton, haute de 21 mètres au-dessus des hautes eaux, résista à toutes les tempêtes pendant cent vingt ans. Elle ne fut finalement remplacée en 1882 que parce que le rocher de base s'était révélé miné par la mer, pas parce que la structure défaillait. La tour fut soigneusement démontée et remontée sur Plymouth Hoe, où elle se dresse toujours. Les principes de Smeaton — monolithe de granit, emboîtement des blocs, mortier hydraulique — inspirèrent toutes les grandes tours de rochers du siècle suivant.

La tempête de 1839 et le phare de Smalls

Le phare de Smalls, construit sur un récif à 32 kilomètres de la côte galloise, avait été érigé en bois en 1776 par Henry Whiteside sur un système de pilotis permettant à la mer de passer librement dessous. Cette conception, audacieuse pour l'époque, résista mieux que prévu aux tempêtes ordinaires. Mais la nuit du 25 janvier 1839, une tempête d'une violence exceptionnelle frappa les côtes ouest de la Grande-Bretagne avec des vents estimés à force 11. Le phare de Smalls, dans sa version originale en bois, fut partiellement détruit ; les gardiens survivants furent secourus plusieurs jours après.

Cet événement accéléra la décision de la Trinity House de remplacer la structure en bois par une tour en granite, construite entre 1859 et 1861 par James Walker. La nouvelle tour, haute de 41 mètres, est toujours debout et active.

Le cyclone de 1935 et le phare de Jupiter Inlet

La côte atlantique des États-Unis est régulièrement battue par des ouragans d'une intensité considérable. Le phare de Jupiter Inlet en Floride, construit en 1860 par George Meade (futur général de l'Union dans la guerre de Sécession), a survécu à plusieurs cyclones majeurs grâce à la qualité de sa maçonnerie en briques rouges. Ses 34 mètres de hauteur et ses murs de 1,20 mètre d'épaisseur lui ont permis de résister aux vents de l'ouragan Labor Day de 1935, le plus intense jamais enregistré aux États-Unis à l'époque, avec des pressions minimales de 892 hectopascals et des vents estimés à 320 km/h.

Des structures moins robustes ne s'en tirèrent pas aussi bien. Plusieurs phares de Floride des Keys furent endommagés ou détruits lors de cet ouragan, notamment les phares auxiliaires des voies navigables intérieures.

Les Kerguelen et les phares subantarctiques

Dans les régions subantarctiques, les tempêtes sont si fréquentes et si violentes que la construction de phares permanents a longtemps été jugée impossible. Les îles Kerguelen, dans le sud de l'océan Indien, reçoivent des vents moyens annuels dépassant force 7, avec des rafales régulières à force 12. La Marine nationale française y a installé des feux automatiques sur des structures métalliques boulonnées dans le roc, conçues pour laisser passer le vent plutôt que pour lui résister.

Le phare de Cap Ratmanoff, à la pointe orientale de l'île principale, a été détruit et reconstruit trois fois depuis son installation initiale dans les années 1950. La solution actuelle — un mât métallique ancré par des haubans en câble d'acier inoxydable et équipé d'un feu LED alimenté par une combinaison solaire-éolienne — a démontré une robustesse supérieure à toutes les structures précédentes.

Les grandes tempêtes nord-américaines du XIXe siècle

Les lacs Supérieur, Michigan, Huron et Érié sont le théâtre de tempêtes d'automne d'une brutalité parfois comparable à celle des ouragans côtiers. La tempête du Grand Lac de novembre 1913, dite 'White Hurricane', tua 250 marins en quatre jours et coula douze navires. Les phares du lac Érié furent soumis à des vagues de douze mètres — une hauteur que peu d'ingénieurs avaient anticipée pour des plans d'eau intérieurs.

Le phare de Spectacle Reef dans le lac Huron, construit entre 1872 et 1874 sur un récif à 16 kilomètres de la rive, est l'un des monuments de l'ingénierie des Grands Lacs. L'ingénieur Orlando Poe, du Corps of Engineers de l'armée américaine, conçut une tour en pierre calcaire de 34 mètres dont les fondations furent forées dans le roc à plusieurs mètres de profondeur. La construction dura trois saisons de navigation, interrompues chaque hiver par la glace. Le résultat résista sans dommage à la tempête de 1913.

La leçon des grandes tempêtes

L'histoire des phares détruits par les tempêtes est aussi l'histoire de la progression des connaissances en hydraulique, en mécanique des sols et en résistance des matériaux. Chaque catastrophe a conduit les ingénieurs suivants à poser des questions plus précises : quelle est la force maximale exercée par une vague déferlante sur une surface verticale ? À quelle profondeur les fondations doivent-elles descendre pour résister à l'érosion sous-marine ? Comment concevoir un assemblage de pierres qui renforce sa cohésion sous la pression plutôt que de la perdre ?

Les réponses à ces questions, développées par Smeaton, Walker, James Douglass et leurs successeurs, ont produit des tours capables de résister à des conditions que leurs constructeurs n'ont jamais vécues directement. Ouvrez la carte pour explorer les sites de ces grandes tours de rochers et mesurer leur isolement extraordinaire — ces points minuscules au large des côtes qui ont résisté à tout ce que la mer a pu leur envoyer depuis cent cinquante ans.