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Séjourner dans un phare

Un autre rapport au rivage

Dormir dans un phare, c'est accepter une certaine rudesse. Les murs de granit ou de brique font parfois soixante centimètres d'épaisseur. Les escaliers en colimaçon tournent à gauche ou à droite selon la tradition du constructeur, jamais en ligne droite. La lanterne au sommet — même condamnée, même remplacée par une optique automatique installée à dix mètres à côté — imprime encore la nuit d'une lumière qui n'appartient à aucun intérieur ordinaire. Ce type de séjour attire une clientèle précise : des gens qui veulent sentir la mer sans filtre, entendre le vent dans les haubans d'une girouette, s'endormir avec le grondement lointain des vagues sur les rochers. Les phares reconvertis en hébergements sont aujourd'hui plusieurs centaines dans le monde, du Finistère breton au littoral de la mer de Tasman, et ils offrent des expériences radicalement différentes les unes des autres.

Les phares hôtels de France

La France possède un parc exceptionnel de phares historiques, dont plusieurs ont été transformés en lieux d'accueil originaux. Le Phare de la Médée, dans le golfe du Morbihan, propose des chambres à l'intérieur de la tour elle-même, à quelques mètres au-dessus du niveau de la mer. Le Phare de la Coubre, sur la côte charentaise, culmine à 64 mètres — l'un des plus hauts de France — et ses abords ont été aménagés pour recevoir des visiteurs, même si l'hébergement proprement dit reste limité à des structures proches de la tour. En Bretagne, plusieurs associations gestionnaires du patrimoine maritime louent d'anciennes maisons de gardiens accolées à des tours toujours actives : le logis du gardien du Phare d'Eckmühl, à Penmarc'h, est ainsi disponible à la location à la semaine. Ces maisons en pierre de taille, construites pour résister aux tempêtes d'équinoxe, conservent leur mobilier d'époque et offrent une vue directe sur le chenal du Raz.

Les Îles britanniques et la conversion systématique

Le Royaume-Uni et l'Irlande ont, depuis les années 1990, développé une filière cohérente de locations de phares. Trinity House, l'autorité des feux et balises d'Angleterre et du Pays de Galles, gère directement plusieurs propriétés à travers sa branche commerciale. Le phare de St Anthony's Head, à l'entrée de l'estuaire de Fal en Cornouailles, propose des cottages pour gardiens dans l'enceinte même de la station — les locataires vivent à quelques pas d'un feu actif émettant un éclat blanc toutes les quinze secondes, visible à dix-huit milles nautiques. En Écosse, le Northern Lighthouse Board a confié plusieurs anciennes stations aux soins du Landmark Trust, une organisation caritative spécialisée dans la sauvegarde de bâtiments historiques. Le Phare de Maughold Head, sur l'île de Man, et celui de Rubha Mòr sur le Loch Ewe en font partie. Ces locations ne ressemblent à aucun autre hébergement : on y trouve une bibliothèque d'ouvrages maritimes, un carnet de bord tenu par les occupants successifs, et parfois encore les instruments d'enregistrement météorologique qui équipaient la station.

Scandinavie : entre accessibilité et isolement

La Scandinavie offre une gamme particulièrement large d'hébergements en phares, de l'hôtel confortable installé dans un ancien bâtiment de service au cabanon spartiate planté sur un écueil. En Norvège, Kjeungskjær fyr — un phare construit en 1880 sur un rocher à plusieurs kilomètres du rivage, au nord de Trondheim — propose des chambres dans la maison du gardien depuis 2000. L'accès se fait uniquement par bateau ; en hiver, la mer peut interdire toute liaison pendant plusieurs jours d'affilée. En Suède, le phare de Pater Noster, au large de Bohuslän, a été transformé en hôtel boutique en 2019 après une rénovation conduite par un architecte de Göteborg. Les vingt et une chambres sont réparties entre la tour circulaire et les annexes de pierre, et le restaurant sert des produits de la pêche côtière locale. L'île est privée ; les hôtes arrivent par ferry depuis Marstrand, à une vingtaine de minutes. En Finlande, Bengtskär, le plus haut phare de roche des pays nordiques avec ses 52 mètres de granit rouge, propose quelques chambres au sein de la tour elle-même — une rareté absolue pour un édifice de ce type.

Amérique du Nord : le modèle des Bed and Breakfast

Aux États-Unis, la transformation de phares en hébergements a emprunté une voie différente. Beaucoup d'anciens postes de gardiens appartiennent aujourd'hui à des fondations locales ou à des comtés, qui les gèrent en B&B. Le Rose Island Lighthouse, dans la baie de Narragansett au Rhode Island, est accessible uniquement en ferry depuis Newport. Les hôtes sont seuls sur l'île à la nuit tombée — avec, pour seule compagnie, les busards qui nichent dans les herbes hautes et le groupe scintillant Fl(2)W 6s qui tourne sur la tour depuis 1993, après des décennies d'extinction. Au Michigan, le phare de Sand Hills sur la rive sud du lac Supérieur est inscrit au registre national des lieux historiques ; sa maison de gardien, construite en 1917, accueille des hôtes dans ses onze chambres originales. Au Canada, plusieurs phares de Colombie-Britannique sont accessibles en hydravion depuis Vancouver et proposent des séjours en pleine nature, avec observation de l'ours noir et des orques comme activités principales.

Conseils pratiques pour organiser un séjour

La demande pour ces hébergements atypiques excède largement l'offre, surtout en haute saison. Les meilleures propriétés — celles qui allient situation spectaculaire, bâtiment authentique et confort minimal acceptables — affichent complet dix à douze mois à l'avance. Il vaut donc la peine de planifier tôt et d'identifier des alternatives sur le même littoral. Les phares insulaires ou rocheux imposent une logistique supplémentaire : vérifier les horaires de bateau, emporter des provisions pour plusieurs jours en cas de mauvais temps, et accepter que la météo puisse modifier les plans. Pour localiser des phares ouverts à la visite ou proposant de l'hébergement dans une région donnée, ouvrez la carte et filtrez par statut — les informations OpenStreetMap indiquent fréquemment les tours accessibles au public.

Ce que le séjour révèle

Une nuit dans un phare change le rapport au paysage marin d'une manière que la visite de quelques heures ne permet pas. Le gardien de phare ne voyait pas le coucher de soleil comme un spectacle ; il vérifiait la direction et la force du vent, estimait si la brume allait épaissir dans la nuit, notait l'heure dans le journal de bord. Vivre ne serait-ce qu'une journée dans ce cadre — en préparant son repas dans la cuisine carrelée, en montant les marches comptées de la tour, en regardant la lumière balayer l'horizon à la tombée du jour — donne une idée concrète de ce que représentait une vie entière consacrée à la sécurité de la navigation. Ce n'est pas de la nostalgie. C'est une façon de comprendre, par le corps autant que par l'esprit, pourquoi ces bâtiments méritent d'être sauvegardés. Pour découvrir les phares ouverts aux visiteurs ou proposant des hébergements sur les côtes qui vous intéressent, ouvrez la carte et explorez le réseau mondial de ces sentinelles du littoral.