Les 10 Phares les Plus Remarquables de Taïwan
Taïwan est une île de navigation difficile : l'océan Pacifique s'abat sur sa côte est avec une violence particulière, les typhons traversent régulièrement le détroit de Formose, et les courants tourbillonnaires autour des caps méridionaux ont détruit des centaines de jonques et de navires à vapeur depuis les premiers siècles de la navigation en Asie orientale. Lorsque les Britanniques négocièrent l'ouverture de Taïwan au commerce étranger dans les années 1860, ils héritèrent également de la responsabilité de baliser les côtes pour leurs propres marchands. Les premiers phares furent construits par l'Imperial Chinese Customs Service sous supervision étrangère ; après 1895, l'administration coloniale japonaise en érigea plusieurs autres, et la reconstruction après 1945 en modernisa la plupart. L'agence de gestion taïwanaise, le Directorate General of Highways, maintient aujourd'hui un réseau d'une soixantaine de phares, dont plusieurs ouverts au tourisme avec des musées et des sentiers côtiers aménagés.
1. Phare d'Eluanbi (Cap d'Eluanbi), Pingtung
Le phare d'Eluanbi, construit en 1882 à la pointe la plus méridionale de Taïwan, est surnommé le «phare de l'Asie orientale» en raison de sa portée exceptionnelle. La tour cylindrique blanche de 24 mètres, entourée d'un mur d'enceinte fortifié pour la protéger des incursions lors des guerres qui secouèrent la région à la fin du XIXe siècle, abrite une optique de premier ordre dont le feu blanc à occultations est visible à 27 milles nautiques. Ce phare marque le point de jonction entre les eaux du Pacifique et celles du détroit de Taïwan : un carrefour maritime d'importance stratégique maximale. La zone environnante est intégrée au parc national de Kenting, l'un des sites les plus fréquentés de l'île ; le phare est ouvert tous les jours, avec un sentier botanique autour de l'enceinte.
2. Phare de Fugui Cape, New Taipei
Le phare de Fugui Cape se dresse sur le cap septentrional de Taïwan, là où la mer de Chine orientale rencontre le chenal Taïwan-Luzon. Construit en 1896 par les autorités coloniales japonaises sur l'emplacement d'une balise de l'ère Qing, la tour octogonale blanche de 14,3 mètres surveille les chenaux fréquentés par les cargos reliant les ports japonais à la Chine continentale. Son feu blanc à éclats réguliers, visible à 17 milles nautiques, est un repère essentiel dans une zone où les courants peuvent dépasser quatre nœuds. Le cap est accessible par bus depuis Danshui, et la balade côtière autour du phare offre des vues saisissantes sur les crêtes rocheuses taillées par les vagues du Pacifique.
3. Phare du cap Sandiao (Sandiaojiao), New Taipei
Sandiaojiao est le cap le plus oriental de Taïwan, là où l'océan Pacifique frappe les falaises les plus exposées de l'île avec une force qui impressionne même les navigateurs expérimentés. Le phare actuel, inauguré en 1935 par l'administration japonaise, remplaçait une structure antérieure de 1896 détruite par les typhons. La tour blanche octogonale de 16 mètres abrite une optique de troisième ordre ; son feu blanc à éclats, visible à 22 milles nautiques, couvre l'arc maritime entre les eaux pacifiques et les approches de Keelung. Un centre d'accueil moderne présente la géologie côtière et l'histoire de la navigation. Le phare est ouvert les week-ends et lors des jours fériés ; les sentiers environnants permettent d'explorer des formations rocheuses spectaculaires sculptées par les embruns.
4. Phare de Qimei, archipel des Penghu
L'archipel des Penghu, au centre du détroit de Taïwan, est un archipel de basalte balayé en permanence par les vents. Le phare de Qimei, sur l'île du même nom au sud de l'archipel, fut construit en 1911 par l'administration japonaise pour signaler l'extrémité méridionale des Penghu aux navires traversant le détroit. La tour octogonale blanche de 13,8 mètres est entourée des murs de basalte noir caractéristiques de l'architecture de l'archipel, créant un contraste saisissant. Son feu rouge et blanc de secteur guide les bateaux dans les passes entre les îles. Qimei est accessible par ferry depuis Makung, capitale des Penghu ; le phare est l'une des attractions principales de l'île, avec les «pierres huitres» et les récifs de basalte en forme de colonnes.
5. Phare de Cijin (Kaohsiung), Kaohsiung
Le phare de Cijin se dresse sur la colline dominant la péninsule de Cijin, à l'entrée du port de Kaohsiung, le plus grand port commercial de Taïwan. Construit en 1883 par l'Imperial Chinese Customs Service sous direction britannique, puis agrandi et modernisé par les Japonais en 1916, la tour octogonale blanche de 15 mètres est un témoin rare de l'architecture des phares de l'ère Qing dans la région. Son feu rouge et vert de secteur coordonne les mouvements des navires entrant dans le port, où transitent chaque année des dizaines de milliers de conteneurs. Un sentier aménagé monte depuis le débarcadère du ferry jusqu'au phare, et la vue depuis la galerie sur le chenal du port de Kaohsiung et ses grues géantes est à couper le souffle.
6. Phare de Guishan, Yilan
L'île de Guishan, au large de Yilan sur la côte pacifique nord-est de Taïwan, est un volcan encore partiellement actif — ses fumerolles se voient depuis le rivage — et le phare construit sur sa pointe orientale en 1906 par les Japonais marque l'un des accès au port de Su'ao. La tour cylindrique blanche de 9 mètres, modeste en hauteur mais surélevée par le terrain volcanique, émet un feu à éclats rouges et blancs visible à 12 milles nautiques. L'île est accessible par excursion en bateau depuis Toucheng ; le parc naturel de Guishan permet de combiner la visite du phare avec l'observation des dauphins tachetés qui fréquentent ces eaux.
7. Phare de Keelung (Heping Island), Keelung
Le phare de Heping Island, construit en 1900 sur l'île de Heping adjacente au port de Keelung, marque l'entrée du port militaire et commercial situé au nord de Taïwan. La tour octogonale de 12,5 mètres est l'une des structures les plus anciennes subsistant à Keelung depuis l'époque coloniale japonaise. Son feu blanc à éclats rapides coordonne son action avec les feux des môles du port de Keelung, l'un des ports les plus actifs de Taïwan. L'île de Heping abrite un parc géologique célèbre pour ses formations rocheuses en forme de champignons, sculptées par l'érosion différentielle ; le phare s'intègre dans ce paysage lunaire de calcaire et de grès.
8. Phare de Lyudao (Green Island), Taitung
L'île de Lyudao, au large de la côte est de Taïwan, est célèbre pour sa beauté naturelle et son passé de prison politique, mais son phare — construit en 1929 sur la pointe septentrionale de l'île — est l'un des plus importants de la côte Pacifique. La tour blanche de 19 mètres surveille le passage entre Taïwan et les îles Ryukyu, une route maritime intense pour les cargos desservant les ports japonais. Son feu blanc à éclats rapides, visible à 18 milles nautiques, a évité de nombreux naufrages dans ces eaux où les courants sont puissants. Lyudao est accessible par ferry depuis Taitung ou par avion ; la balade à scooter autour de l'île — avec une halte au phare — est l'une des activités incontournables des visiteurs.
9. Phare de Xiaoliuqiu, Pingtung
L'île de Xiaoliuqiu, au large de Pingtung dans l'angle sud-ouest de Taïwan, est la seule île corallienne habitée de la côte pacifique taïwanaise. Son phare, construit en 1929 sur la pointe méridionale de l'île, guide les bateaux entre Xiaoliuqiu et les ports du sud de Taïwan. La tour blanche de 12 mètres est entourée de végétation tropicale dense et de formations coralliennes remarquables. Le feu blanc à éclats marque les récifs immergés qui ceinturent l'île et qui font le bonheur des plongeurs. Xiaoliuqiu est accessible par ferry depuis Donggang ; les tortues de mer qui fréquentent les eaux autour du phare sont l'une des principales attractions de l'île.
10. Phare de Mazu (Matsu), archipel des Matsu
L'archipel des Matsu, à quelques kilomètres des côtes du Fujian chinois, est territoire taïwanais malgré sa proximité avec la Chine continentale. Le phare de Mazu, construit par les Japonais en 1915 sur l'île principale de Nangan, signale les approches de cet archipel stratégique pour les navires naviguant dans les eaux contestées du détroit de Taïwan. La tour blanche de 14 mètres, perchée sur une falaise avec vue sur la côte chinoise, est entourée des fortifications militaires caractéristiques de Matsu. Le feu blanc à éclats, visible à 15 milles nautiques, marque une zone où la vigilance maritime est permanente. L'archipel est accessible par avion depuis Taïpei ou par ferry depuis Keelung.
Informations pratiques
Les phares taïwanais sont gérés par le Directorate General of Highways et plusieurs sont ouverts gratuitement aux visiteurs. Les phares d'Eluanbi, Fugui Cape, Sandiaojiao et Cijin disposent d'installations touristiques complètes. Les phares insulaires des Penghu, Lyudao et Xiaoliuqiu nécessitent ferry ou avion — les services sont suspendus lors des typhons. La meilleure période de visite est le printemps (mars-mai) ou l'automne (octobre-novembre). Pour découvrir l'ensemble du réseau de phares de Taïwan, consultez la carte interactive.