← Retour au blog

Les marques de jour et les couleurs des phares

Le problème de la nuit résolue, et celui du jour posé

Les phares ont été conçus pour la nuit. Leur fonction première — projeter une lumière visible à grande distance — est par définition nocturne. Mais un navire qui longe une côte de jour a également besoin de repères visuels pour identifier sa position et confirmer qu'il se trouve là où il croit être. Une tour blanche, vue de loin contre un fond de falaises ou de dunes, peut être difficile à distinguer d'une église, d'un château ou d'une cheminée d'usine. La solution est simple dans son principe mais étonnamment complexe dans ses détails : peindre les tours de manière que chacune soit reconnaissable à vue.

Ces schémas de peinture — rayures horizontales, spirales, damiers, bandes verticales, couleurs uniques — sont appelés marques de jour (daymarks). Ils constituent en quelque sorte le « caractère lumineux diurne » d'un phare : de même qu'un marin identifie la nuit un phare à la fréquence de ses éclats, il l'identifie de jour à son schéma de peinture. Les autorités de balisage de chaque pays publient des tableaux de caractéristiques qui incluent la description de la marque de jour : « tour blanche à bande centrale noire », « tour à spirale rouge et blanche », « tour noire à bandes blanches ».

Les rayures horizontales : la solution la plus répandue

La rayure horizontale est la marque de jour la plus courante. Elle est visible de loin, même sur fond d'horizon, et elle démultiplie les possibilités de distinction : en jouant sur le nombre de bandes, leur largeur relative et leurs couleurs, on peut créer un très grand nombre de combinaisons distinctives.

Le Cape Hatteras Lighthouse, en Caroline du Nord, porte l'une des marques de jour les plus célèbres au monde : une spirale noire et blanche qui monte en hélice sur toute la hauteur de ses 63 mètres. Cette spirale unique le distingue immédiatement de ses voisins — le Bodie Island Lighthouse à rayures horizontales noires et blanches, le Currituck Beach Lighthouse en brique rouge non peinte, le Cape Lookout Lighthouse à damier de losanges noirs et blancs. Sur les Outer Banks, là où quatre grands phares de brique se succèdent à quelques dizaines de kilomètres d'intervalle, cette diversité de marques est essentielle : un marin qui identifie le schéma en spirale sait exactement à quelle hauteur de la côte il se trouve.

Les spirales et les damiers : l'identité visuelle des phares américains

Le service des phares américain — d'abord le Lighthouse Board, puis le Bureau of Lighthouses — a développé au XIXe siècle un système particulièrement élaboré de marques de jour. Les tours de la côte est, souvent espacées de moins de 50 kilomètres, devaient être distinguées les unes des autres sans ambiguïté possible. La solution adoptée combine plusieurs variables : couleur de fond, motif (spirale, bandes, damier, couleur unie), et parfois la présence ou l'absence d'une galerie saillante ou d'une lanterne colorée.

Le Barnegat Lighthouse, dans le New Jersey, est blanc uni. Le Cape May Lighthouse, dans le même État, est également blanc. Mais leurs situations géographiques, leurs hauteurs et leurs feux nocturnes les distinguent suffisamment pour éviter toute confusion. Le Sandy Hook Lighthouse, le plus ancien phare américain encore debout (1764), est une tour octogonale blanche de 29 mètres. Le Fire Island Lighthouse, à Long Island, est une tour rayée en spirale noire et blanche de 52 mètres — difficile à confondre.

Les couleurs en Europe : conventions nationales et régionales

Les conventions de marquage varient considérablement d'un pays à l'autre, reflétant des histoires administratives et des traditions maritimes différentes. En France, les phares gérés par la Direction des Affaires Maritimes combinent souvent une tour blanche avec une lanterne ou un bandeau de couleur distinctive. Le Phare du Créac'h, à Ouessant, est une tour blanche à deux bandes noires horizontales larges — sa marque de jour correspond à son importance : c'est l'un des phares les plus puissants d'Europe, avec une portée nominale de 32 milles nautiques. Le Phare d'Eckmühl, à Penmarc'h, est une tour de granite gris clair sans marquage particulier, mais sa hauteur de 65 mètres et sa situation géographique le rendent reconnaissable.

En Grande-Bretagne, Trinity House utilise principalement des tours blanches ou de granite non peint, avec parfois une bande peinte ou une lanterne rouge. La plupart des tours construites en granite de Cornouailles, comme le Bishop Rock ou le Longships, ont conservé la couleur naturelle de la pierre. Le Long Sand Head Lightvessel, lui, est peint en rouge vif — couleur conventionnelle des bateaux-feux britanniques.

Les couleurs des structures non cylindriques

Les phares sur pilotis, les phares sur caisson et les structures métalliques posent des défis particuliers pour les marques de jour. Une structure métallique ouverte, comme les phares à ossature des Grands Lacs américains, est difficile à rendre immédiatement reconnaissable par une simple peinture : la structure elle-même est souvent visible par transparence. Dans ce cas, les marques de jour jouent sur la couleur de l'ensemble de la structure plutôt que sur des motifs.

Le Whitefish Point Lighthouse, sur le lac Supérieur, est une structure métallique blanche sur une maison de gardien en brique rouge. Sa silhouette caractéristique — tour à ossature métallique effilée, inhabituelle parmi les phares de la côte — suffit à l'identifier de loin. Le Holland Harbor Lighthouse dans le Michigan, surnommé Big Red, est intégralement peint en rouge vif : sa couleur est sa marque de jour. Cette approche est plus courante qu'il n'y paraît — le Phare des Baleines, à l'île de Ré, a une base blanche surmontée d'un bandeau rouge qui l'identifie parmi les tours voisines.

Les marques de nuit et leur relation avec les marques de jour

Un système cohérent de balisage associe marques de jour et caractéristiques nocturnes. Idéalement, une tour reconnaissable le jour par son schéma de rayures est également reconnaissable la nuit par sa caractéristique lumineuse. Ces deux informations sont publiées ensemble dans les documents de référence maritimes.

La liste des feux et signaux de brume, publiée par le SHOM pour les côtes françaises, donne pour chaque phare : la position géographique, la hauteur du feu, la portée, la caractéristique lumineuse et la description de la tour — hauteur, matériau, couleur et marque de jour. Un navigateur préparant une traversée peut mémoriser ces informations et les utiliser pour une reconnaissance visuelle à toute heure du jour ou de la nuit.

L'entretien des marques de jour

Maintenir les schémas de peinture en état lisible est un travail continu et coûteux. L'exposition permanente aux embruns, aux UV et aux variations de température dégrade les peintures en quelques années. Les phares offshore, comme le Bishop Rock ou le Fastnet, sont repeints lors des opérations de maintenance généralement espacées de cinq à sept ans. Les couleurs doivent rester vives et contrastées pour remplir leur fonction : une spirale noire et blanche dont le noir a pâli en gris peut devenir difficile à distinguer d'une tour à rayures moins contrastées.

Pour certains phares très exposés, la peinture en mer est une opération dangereuse qui nécessite des conditions météorologiques favorables et plusieurs jours de travail. Les équipes de Trinity House ou d'Irish Lights effectuent ces interventions par hélicoptère pour les phares offshore les plus difficiles d'accès. L'helicopter hoisting s'est substitué aux transbordements en mer depuis les années 1970, mais le travail de peinture lui-même reste manuel, exécuté par des techniciens suspendus sur des échafaudages ou des nacelles.

Identifier les phares depuis la carte

La carte interactive de lighthouseworldmap.com permet de localiser les phares et d'accéder à leurs caractéristiques documentées, y compris, pour les entrées les plus complètes, la description de la marque de jour. Cette ressource est particulièrement utile pour planifier un itinéraire côtier : en sachant à l'avance quel schéma chercher à l'horizon, le navigateur ou le voyageur peut identifier un phare bien avant de pouvoir lire son nom sur une carte. La reconnaissance visuelle des phares reste une compétence nautique précieuse, que les marins de plaisance et les professionnels entretiennent avec soin — un hommage discret à deux siècles de solutions ingénieuses pour un problème très simple : rendre visible ce qui, autrement, se confondrait avec l'horizon.