← Retour au blog

Monter dans un phare : ce qui vous attend

La première impression : la porte et le couloir d'entrée

Peu d'expériences architecturales préparent aussi mal à l'intérieur d'un phare que la vue depuis l'extérieur. La tour paraît massive, solide, pleine. Franchir la porte basse — souvent cintrée, ferrée de rivets rouillés — révèle immédiatement la réalité inverse : l'intérieur est presque entièrement vide. Un cylindre creux, dont les murs de granit ou de brique peuvent atteindre deux mètres d'épaisseur à la base, enferme un espace de guère plus d'un mètre cinquante de diamètre. C'est dans ce puits de pierre que s'élève l'escalier.

L'entrée donne souvent sur une petite pièce au sol dallé, parfois équipée d'un présentoir explicatif pour les visiteurs. Dans les phares encore gardés au tournant du XXe siècle, cet espace servait de local à outils, de remise à huile ou de bureau administratif. Le plafond bas, les murs épais et l'absence de fenêtres créent une atmosphère de cave plutôt que de monument. Puis le regard remonte vers l'escalier et la montée commence.

L'escalier en colimaçon : mécanique et psychologie

Un escalier en colimaçon de phare n'est pas un escalier ordinaire. Dans les grandes tours du XIXe siècle — le phare de Cape Hatteras en Caroline du Nord compte 257 marches, celui de Cordouan en Gironde en compte 301 — la montée exige à la fois attention physique et endurance. Chaque marche est une pierre de taille ou un élément de fonte moulée, encastrée dans le mur central (la colonne porteuse) et dans le mur extérieur. La main courante, en fer forgé, a été lisse par des décennies de contact avec les paumes des gardiens.

Ce qui surprend la plupart des visiteurs, c'est la dimension des marches. Elles sont étroites — vingt à vingt-cinq centimètres de profondeur — et montées d'un angle souvent supérieur à quarante degrés. Le pas s'adapte rapidement à la cadence de la spirale : le pied intérieur pose sur la partie large de la marche, le pied extérieur sur le bord. Un enfant ou un adulte de petite taille trouve la montée plus aisée qu'une personne de grande stature dont les hanches frôlent la colonne à chaque tour.

Les fenêtres de tir, percées dans les murs à intervalles réguliers, servent à la fois à éclairer l'escalier et à ventiler la tour. Dans les phares en activité à l'huile végétale ou au kérosène, cette ventilation était indispensable pour éviter l'accumulation de vapeurs inflammables. Aujourd'hui, elle apporte simplement un souffle d'air marin bienvenu lors de la montée estivale.

Les paliers intermédiaires et les anciennes pièces de service

Dans les grandes tours, l'escalier est interrompu par des paliers qui donnaient accès aux logements des gardiens ou aux réserves d'huile. Le phare de Phare de l'île Vierge, en Bretagne, avec ses 77 mètres et ses 365 marches, comporte plusieurs de ces niveaux intermédiaires. Chacun possède une porte basse à linteau de granite et une fenêtre ronde tournée vers la mer.

Ces pièces, aujourd'hui vides pour la plupart, révèlent les conditions d'existence des gardiens. Un poêle en fonte était encastré dans un angle, le tirage assuré par un conduit de brique serpentant dans l'épaisseur des murs. Une couchette pliante et une table ronde complétaient le mobilier. Dans les phares hauturiers comme Ar-Men, construit entre 1867 et 1881 sur un rocher au large de la Pointe du Raz, ces espaces exigus constituaient l'unique refuge lors des tempêtes hivernales, quand les vagues déferlaient par-dessus le dôme de la lanterne.

L'approche de la salle de service

Quelques dizaines de marches avant la lanterne, l'escalier débouche sur la salle de service, appelée aussi salle de la machine ou watch room dans les sources britanniques. C'est ici que résidait le mécanisme d'horlogerie qui faisait tourner le système optique : un bâti de fonte, des engrenages de laiton, un axe central soutenu par un flotteur de mercure dans les installations de haute précision.

La salle de service est généralement plus haute de plafond que les niveaux inférieurs, et ses fenêtres plus larges permettent au gardien de surveiller l'horizon et de noter les passages de navires dans le registre de bord. Des crochets au mur retenaient les instruments de mesure — baromètre, thermomètre, hygromètre — dont les relevés étaient consignés toutes les quatre heures. Le sol en métal quadrillé, légèrement bombé vers le centre, facilitait l'écoulement de la condensation.

La salle de la lanterne : le cœur du phare

La transition entre la salle de service et la salle de la lanterne s'effectue par une trappe à charnières ou une dernière volée de marches très raides. L'espace est immédiatement saisissant. Un prisme de verre, large et limpide — la lentille de Fresnel — occupe le centre géométrique de la pièce. Dans un phare de premier ordre, cette lentille peut mesurer deux mètres cinquante de hauteur et dépasser deux mètres de diamètre. Les cercles concentriques des dioptres et catadioptr es en cristal taillé organisent la lumière en un faisceau d'une précision mathématique.

Au phare de Vierge sur l'île éponyme au large du Finistère, la lentille hyper-radiale de 1902 est la plus grande en service en France, avec un diamètre extérieur de 3,84 mètres. La contempler d'un côté puis de l'autre depuis l'étroit couloir de circulation qui l'entoure donne une mesure concrète de l'ambition des ingénieurs de l'époque — des hommes qui voulaient qu'un navire puisse repérer la côte française depuis les côtes anglaises par nuit claire.

Les vitres de la lanterne sont des panneaux de verre bombé enchâssés dans une structure métallique astucieusement conçue pour résister aux tempêtes les plus violentes. Dans les phares du XIXe siècle, ces vitrages étaient souvent inclinés vers l'extérieur pour éviter que la condensation ne cache la lumière. Les joints d'étanchéité doivent être vérifiés et remplacés régulièrement : une infiltration d'eau dans la salle de la lanterne représente un risque majeur pour le matériel optique.

La galerie extérieure et la vue

La porte qui ouvre sur la galerie extérieure résiste parfois à la poussée. Les joints gonflent par temps de pluie, la barre de métal est froide sous la main. Puis le battant cède et le vent entre avec violence. La galerie — une passerelle de fonte encerclant la base de la lanterne, protégée par une rambarde — est étroite, souvent glissante, et tournée vers la mer de tous côtés.

La vue, au sommet du phare d'Eckmühl à Penmarc'h par exemple (65 mètres au-dessus du niveau de la mer), embrasse l'ensemble de la côte de Cornouaille par temps clair. Les récifs de Saint-Guénolé et les brisants de la Torche sont visibles simultanément. La mer, qui paraissait abstraite depuis la route littorale, prend ici une densité concrète : les remous de marée autour des rochers, les lignes de houle se propageant depuis l'Atlantique, les reflets changeants de la lumière sur l'eau selon la position du soleil. C'est précisément ce panorama que le gardien scrutait à chaque heure, cherchant les silhouettes de voiles ou de fumées d'un navire en difficulté.

La montée dans un phare donne accès à ce point de vue particulier — non pas contemplatif, mais fonctionnel — depuis lequel des générations d'hommes et de femmes ont exercé une veille silencieuse et nécessaire. Ouvrez la carte pour repérer les phares ouverts au public dans votre région et planifier votre prochaine montée.

Conseils pratiques avant de monter

Les phares ouverts à la visite exigent quelques précautions élémentaires. La montre intérieure étant éclairée uniquement par les fenêtres de tir, une lampe de poche est utile dans les tours non équipées d'éclairage électrique. Les chaussures à semelles non glissantes sont indispensables : les marches en pierre polie ou les caillebotis métalliques mouillés sont traîtres. Les personnes souffrant de vertige modéré découvrent souvent que la continuité de la montée — sans vue directe vers le bas depuis l'escalier — rend l'expérience plus supportable que prévu.

La plupart des administrations limitent le nombre de visiteurs simultanés dans la tour, pour des raisons structurelles mais aussi de sécurité en cas d'urgence. En France, les phares gérés par l'association des Amis des Phares et Balises proposent des visites guidées de juin à septembre, avec des horaires liés aux contraintes des services maritimes. Le phare de Cordouan, classé monument historique depuis 1862 et inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2021, mérite une journée entière : la traversée en bateau depuis Royan, la montée des trois cent un marches et l'exploration des salles d'apparat du premier niveau composent une expérience incomparable.