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Photographier les phares

Comprendre le sujet avant d'appuyer sur le déclencheur

Un phare est, par nature, un objet vertical planté dans un environnement horizontal — la mer, la falaise, la plage. Cette opposition fondamentale est la première chose à apprivoiser en photographie de phares. La tour elle-même n'est souvent qu'une portion modeste du cadre : c'est la façon dont elle s'inscrit dans son contexte géographique, la qualité de la lumière sur ses flancs, et l'atmosphère du moment qui font la différence entre une documentation et une image.

Avant de partir photographier un phare, il est utile de connaître son architecture précise. Un phare en granit gris de Bretagne réagit à la lumière différemment d'une tour en brique rouge de la Chesapeake Bay ou d'une tour en fonte à parois minces de la Floride. Savoir si la tour comporte des rayures colorées — comme le Cape Hatteras, en noir et blanc hélicoïdal, ou le Bodie Island, en bandes horizontales alternées — permet d'anticiper les heures où ces marques seront le mieux mises en valeur par l'éclairage naturel.

La lumière dorée et bleue

La règle générale de la photographie paysagère s'applique pleinement aux phares : les heures dorées — la première heure après le lever du soleil et la dernière avant le coucher — produisent une lumière rasante qui révèle les textures de la maçonnerie et enveloppe les tours d'une chaleur visuelle difficile à obtenir en milieu de journée. Pour un phare blanc comme le Phare du Créac'h à Ouessant, dont la tour dépasse soixante mètres, la lumière d'après-midi d'été peut brûler les hautes lumières et aplatir la structure ; le même phare photographié au lever du soleil révèle les nuances de gris et de vert de son calcaire.

L'heure bleue — les vingt à trente minutes qui précèdent le lever ou suivent le coucher du soleil — offre une opportunité différente et très recherchée pour les phares actifs. C'est le moment où la lumière ambiante est suffisamment faible pour que la lanterne du phare s'allume et devienne visible, sans que le ciel soit entièrement noir. L'équilibre entre le ciel bleu profond, la silhouette sombre de la tour et l'éclat du faisceau lumineux est caractéristique de certaines des photographies de phares les plus connues. Pour le Phare de la Jument, sur son rocher basaltique au large d'Ouessant, cette fenêtre temporelle coïncide parfois avec des vagues spectaculaires qui déferlent sur le rocher — d'où la célébrité des photographies de Guichard prises lors de tempêtes.

Positions et angles de vue

La plupart des phares ont un ou plusieurs « angles officiels » — les points de vue depuis lesquels ils ont été photographiés des milliers de fois et qui apparaissent dans toutes les brochures touristiques. Ces angles existent pour de bonnes raisons : ils montrent la tour sans obstruction, dans son rapport optimal avec la mer ou le paysage. Mais pour obtenir une image originale, il vaut la peine de chercher les perspectives moins fréquentées.

Un angle bas, depuis la plage à marée haute, peut placer la tour dans un reflet parfait. Monter sur une colline derrière le phare et utiliser un téléobjectif pour le comprimer contre l'horizon marin donne une impression de monumentalité différente d'un grand-angle en contre-plongée. Pour des phares offshore comme le Phare des Baleines sur l'île de Ré ou le Bishop Rock en Cornouailles, la seule approche est depuis un bateau ou un kayak : l'angle d'attaque bas et l'instabilité de la plateforme de prise de vue imposent leurs propres contraintes, compensées par des perspectives inaccessibles depuis la terre.

Pour les phares accessibles intérieurement, monter en haut de la tour et photographier vers le bas — la galerie extérieure, les rochers en contrebas, les bateaux dans le lointain — donne des compositions qui renversent le regard habituel porté sur ces structures. Les lacets d'escalier en colimaçon, les mécanismes d'horlogerie des lentilles et les réseaux de prismes de Fresnel constituent des sujets abstraits fascinants qui racontent l'histoire technique de ces bâtiments.

Photographier les phares de nuit

La photographie nocturne de phares exige une technique différente de celle utilisée de jour. Un trépied solide est indispensable : pour capturer le faisceau en rotation d'un phare actif, les expositions de plusieurs secondes sont souvent nécessaires. La période couvrant plusieurs rotations complètes permet de capturer plusieurs traits de lumière dans le ciel, créant un effet de mouvement qui rend le feu visible sur l'image.

Il est utile de connaître à l'avance la caractéristique du feu du phare que l'on photographie. Un feu à éclat — comme le Phare du Four, caractérisé Fl(4)W15s : quatre éclats groupés toutes les quinze secondes — donne des images très différentes d'un feu isophase ou d'un feu à occultations. Les applications de navigation maritime comme Marine Traffic ou les listes des Avis aux Navigateurs publiées par les autorités maritimes permettent de vérifier la caractéristique exacte de n'importe quel phare actif avant de partir photographier.

La voie lactée constitue un fond exceptionnel pour les phares situés loin de la pollution lumineuse urbaine. Des sites comme le phare de Cape Spear à Terre-Neuve, le plus oriental de l'Amérique du Nord, ou les phares des îles grecques loin des zones touristiques offrent une obscurité suffisante pour des compositions conjuguant architecture et astronomie. Pour ces prises de vue, une ouverture large (f/2,8 ou plus) et des ISO poussés à 1600 ou 3200 permettent d'exposer correctement le ciel tout en maintenant des temps d'exposition suffisamment courts pour éviter le filé des étoiles.

Les conditions météorologiques difficiles

Certaines des photographies de phares les plus impressionnantes ont été prises dans des conditions que la plupart des photographes évitent soigneusement. Les tempêtes, le brouillard et les embruns créent des atmosphères qui transforment une tour ordinaire en image inoubliable. Le Phare de la Jument, photographié par Jean Guichard en 1989 depuis un hélicoptère alors qu'une vague déferle sur la vitre et que le gardien entrouvre la porte pour voir ce qui se passe, est peut-être la photographie de phare la plus connue au monde — une image qui n'aurait pas existé sans des conditions météorologiques extrêmes.

Le brouillard, en particulier, confère aux phares une qualité picturale proche des estampes japonaises : la tour émerge d'une masse indistincte, l'horizon disparaît, et la structure devient pure silhouette. Pour les phares équipés de cornes de brume encore actives, l'atmosphère sonore ajoute une dimension qui, bien que non capturable en photographie fixe, influence la façon dont on perçoit et cadre la scène.

L'équipement et les autorisations

Pour la photographie de phares, aucun équipement spécifique n'est strictement indispensable. Un smartphone récent produit des résultats très honorables dans de bonnes conditions de lumière. Cependant, un appareil avec une plage dynamique étendue — la plupart des hybrides actuels, de Fuji à Sony en passant par Nikon — gère mieux les situations contrastées (ciel brillant, tour sombre) sans nécessiter d'empilement d'expositions.

Un téléobjectif de 200 à 400 mm est utile pour les phares offshore inaccessibles par terre, permettant de composer depuis la côte opposée. Un filtre polarisant réduit les reflets sur la mer et sature les verts et les bleus environnants, faisant ressortir davantage la tour. Les filtres à densité neutre à dégradé permettent d'équilibrer un ciel très lumineux avec un premier plan sombre.

Avant de photographier un phare géré par une autorité publique — Trinity House au Royaume-Uni, les Phares et Balises en France, la USCG aux États-Unis — il est prudent de vérifier si une autorisation est nécessaire pour les prises de vue commerciales. Pour les photographies personnelles, les phares situés en bord de chemin public sont généralement photographiables sans restriction. Les phares ouverts à la visite publient leurs règles sur leurs sites respectifs.

Trouver les phares à photographier

La recherche d'emplacements peu connus est souvent la partie la plus stimulante de la photographie de phares. Ouvrir la carte permet de localiser des phares dans n'importe quelle région du monde, d'évaluer leur accessibilité géographique, et d'identifier des sites peu documentés qui offrent encore des perspectives fraîches. Entre les grands phares patrimoniaux photographiés par des milliers de visiteurs chaque année et les petits feux de chenal inconnus à l'extrémité d'une jetée industrielle, c'est parfois la tour la moins célèbre qui produit l'image la plus personnelle.