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Top 10 des phares en France

La France dispose de plus de 5 000 kilomètres de côtes et d'un réseau de phares qui n'a pas d'équivalent en Europe pour sa richesse historique et architecturale. Depuis le Cordouan — parfois surnommé le « Versailles des phares » — jusqu'aux tours en béton des enfers bretons où les ingénieurs affrontèrent un Atlantique sans merci, le patrimoine phare français couvre cinq siècles d'ingénierie maritime et constitue un pilier de l'identité culturelle du littoral. Les Services des Phares et Balises, rattachés aujourd'hui aux Directions interrégionales de la mer, gèrent ce réseau dont plusieurs tours sont classées monuments historiques ou inscrites au patrimoine de l'Unesco.

1. Phare de Cordouan, estuaire de la Gironde

Cordouan est le plus ancien phare en service de France et l'un des plus anciens du monde. Sa construction, commencée en 1584 sur le banc de Cordouan à l'entrée de l'estuaire de la Gironde, fut confiée à Louis de Foix, architecte du roi Henri III. La tour Renaissance de 67,5 mètres, ornée d'appartements royaux, d'une chapelle et de sculptures classiques, fut achevée en 1611. Joseph Teulère la rehaussa en 1789 pour porter sa portée à 22 milles nautiques. Son feu à occultations blanches et rouges guide les navires entrant dans le port de Bordeaux. Inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco en 2021, Cordouan est accessible par bateau depuis Royan ou Le Verdon-sur-Mer.

2. Phare d'Eckmühl, Penmarc'h

Le phare d'Eckmühl, sur la pointe de Penmarc'h en Finistère, est l'un des phares les plus élancés de France avec ses 65 mètres de granit finement appareillé. Construit entre 1893 et 1897 grâce au legs de la marquise de Blocqueville en mémoire de son père — le maréchal Davout, vainqueur de la bataille d'Eckmühl — son feu à éclats blancs porte à 23 milles nautiques, balisiant la redoutable côte rocheuse de Penmarc'h. La tour est ouverte à la visite ; les 307 marches récompensent d'un panorama sur la baie d'Audierne et les récifs.

3. Phare de la Jument, archipel de Molène

La Jument est sans doute le phare français le plus célèbre dans le monde grâce à la photographie de Jean Guichard prise en 1989 : le gardien Théodore Malgorn s'encadre dans la porte ouverte de la lanterne tandis qu'une vague monstrueuse engloutit la base de la tour. Construite entre 1904 et 1911 sur le récif de La Jument au large d'Ouessant par l'ingénieur Alfred Raude, la tour cylindrique en béton de 47 mètres fut financée par un legs philanthropique. Son feu à trois éclats rouges porte à 22 milles nautiques, signalant l'un des chenaux les plus dangereux de l'Atlantique. Automatisé en 1991, il n'est pas accessible.

4. Phare du Créac'h, île d'Ouessant

Le Créac'h est le phare le plus puissant d'Europe, situé sur la pointe occidentale d'Ouessant, porte d'entrée de la Manche pour les transatlantiques. Sa tour en bandes noir et blanc de 55 mètres, construite en 1863 et rehaussée en 1888, émet deux éclats blancs groupés toutes les dix secondes : la portée nominale du feu atteint 34 milles nautiques. Chaque nuit de visibilité, son faisceau est visible depuis les côtes irlandaises. Le musée des Phares et Balises installé dans les salles des machines est l'un des plus complets d'Europe. Accessible par ferry depuis Brest ou Le Conquet.

5. Ar-Men, chaussée de Sein

Ar-Men — « la pierre » en breton — est le phare français dont la construction est considérée comme la plus difficile jamais réalisée. Planté sur un récif affleurant à 8 kilomètres à l'ouest de l'île de Sein, dans des courants de 8 noeuds et des vagues capables d'atteindre le sommet de la lanterne à 33 mètres, il fallut quatorze ans de travaux (1867–1881) pour achever la tour en granit. Son feu à trois éclats blancs porte à 23 milles nautiques, balisiant la chaussée de Sein pour les navires qui transitent entre Brest et le large. Automatisé en 1990, il n'est accessible que par bateau de plaisance par mer très calme.

6. Phare de Gatteville, cap Lévi

Le phare de Gatteville, sur la presqu'île du Cotentin face à l'île de Tatihou, est le deuxième phare de France par la hauteur avec ses 75 mètres. La tour cylindrique en granit rose normand, construite entre 1829 et 1834, abrite un escalier hélicoïdal de 365 marches menant à la lanterne. Son feu à éclats blancs porte à 29 milles nautiques, signalant le cap de la Hague pour les navires qui entrent dans la Manche. Le site comprend une ancienne chapelle de marins du XVIIe siècle. Ouvert à la visite de mai à septembre.

7. Phare des Baleines, île de Ré

Le phare des Baleines, à l'extrémité ouest de l'île de Ré en Charente-Maritime, doit son nom aux baleines qui s'échouaient jadis sur ses côtes. La tour cylindrique blanche de 57 mètres, construite en 1854 par l'ingénieur Joseph-Albert Gouëffy, remplaça la tour voisine de 1682 encore debout. Son feu à éclats blancs porte à 18 milles nautiques, guidant les navires entrant dans le pertuis breton entre l'île de Ré et l'île d'Oléron. Un escalier de 257 marches permet d'atteindre le sommet pour un panorama sur les marais salants et le littoral atlantique. Ouvert toute l'année.

8. Phare de Port Manec'h, Finistère

Le phare de Port Manec'h, sur la rive est de l'embouchure de l'Aven et du Belon dans le Finistère sud, est une tour blanche de dimensions modestes — 18 mètres — mais d'un site remarquable au coeur de la côte des peintres qui inspira Gauguin et le groupe de Pont-Aven. Son feu vert à occultations porte à 12 milles nautiques, signalant l'entrée des rivières d'Aven et de Belon. Le phare est actif et librement visible depuis le belvédère du village de Port Manec'h.

9. Phare du Millier, cap du Raz

Le phare du Millier se dresse sur la pointe du Millier, entre la baie de Douarnenez et le cap du Raz. La tour en granit de 26 mètres, construite en 1864, émet un feu blanc à éclats portant à 18 milles nautiques, signalant ce promontoire de la côte finistérienne pour les navires qui longent la côte entre Brest et Lorient. Le site est intégré dans le Grand Site de France du cap du Raz — pointe du Van. Accessible à pied depuis le parking du Millier.

10. Phare de la Petite Muette, baie de Seine

La Petite Muette est un phare d'estuaire implanté sur un banc de sable de la baie de Seine, à l'embouchure de la Seine en Normandie. La tour cylindrique en métal peint en rouge et blanc est de dimensions modestes mais son rôle est critique pour les pétroliers et les porte-conteneurs géants qui remontent la Seine vers Le Havre et Rouen. Ce type de phare de banc, régulièrement déplacé au gré des évolutions des chenaux sableux, illustre les contraintes particulières de la signalisation dans les estuaires à forte sédimentation.


Les phares de France forment un patrimoine maritime vivant, de l'estuaire de la Gironde aux enfers bretons et aux côtes normandes. La plupart des tours ouvertes au public se visitent de mai à septembre, mais certains sites comme Cordouan proposent des visites toute l'année sur réservation. Pour découvrir l'ensemble du réseau français et explorer les phares de toutes les régions côtières, ouvrez la carte et naviguez le long du littoral.