Les 10 phares les plus remarquables du Japon
L'archipel japonais, formé de plus de 6 800 îles baignées par le Pacifique, la mer du Japon, la mer de Chine orientale et le détroit de Tsugaru, entretient depuis l'ère Meiji une relation particulière avec ses phares. Après l'ouverture forcée des ports en 1854, le gouvernement japonais fit appel à l'ingénieur écossais Richard Henry Brunton, qui construisit entre 1868 et 1876 pas moins de 26 phares — on le surnomme encore « le père des phares japonais ». La Japan Coast Guard administre aujourd'hui plus de 3 500 feux. Voici dix des phares les plus remarquables de cet archipel.
1. Inubosaki, Préfecture de Chiba
Construit en 1874 par Richard Henry Brunton et achevé par son successeur Richard Blundell, le phare d'Inubosaki est l'un des premiers phares en maçonnerie du Japon. Sa tour cylindrique en brique blanche de 31,3 mètres se dresse sur le cap Inubosaki, le point le plus oriental de la région de Kantô, où les courants du Pacifique créent des conditions de navigation dangereuses. Son feu à éclats blancs, deux éclats toutes les quinze secondes, porte à 19,5 milles nautiques. Classé parmi les Trésors nationaux (Kokuhô), il est ouvert au public tous les jours. Le musée attenant documente l'histoire de Brunton et des phares de l'ère Meiji.
2. Cape Shiriya, Préfecture d'Aomori
Érigé en 1876 à la pointe nord-est de Honshu, là où le détroit de Tsugaru sépare l'île principale du Hokkaido, le phare de Cape Shiriya surveille l'une des voies maritimes les plus fréquentées du Japon. La tour octogonale en brique de 33,3 mètres fut conçue sous la supervision de Brunton. Son feu à éclats blancs porte à 18 milles nautiques. La lande de Cap Shiriya est célèbre pour ses chevaux sauvages qui paissent librement autour du phare, créant un tableau saisissant entre patrimoine industriel et nature préservée. Le phare est ouvert aux visites de mai à octobre.
3. Daiosaki, Péninsule de Shima, Préfecture de Mie
Construit en 1927 sur le cap Daio, à la pointe de la péninsule de Shima, ce phare octogonal en béton de 22,8 mètres surveille le canal Irago, passage stratégique entre la baie d'Ise et la mer intérieure de Kumano. Son feu à occultations blanches porte à 18 milles nautiques, guidant les tankers et les ferries qui empruntent cette voie. La région est le berceau des ama, les pêcheuses d'ormeaux et de perles qui plongent en apnée depuis des siècles. Le phare est ouvert au public avec accès à la galerie extérieure offrant des vues panoramiques sur le Pacifique.
4. Cape Muroto, Préfecture de Kôchi
Ce phare de 15,4 mètres de hauteur (lumière à 155 mètres au-dessus de la mer grâce à sa position sur la falaise) fut construit en 1899 sur le cap Muroto, l'une des proues les plus avancées de l'île de Shikoku dans le Pacifique. Son feu à éclats blancs, quatre éclats toutes les vingt secondes, porte à 26 milles nautiques. Le cap Muroto figure dans la géographie sacrée du pèlerinage des 88 temples du Shikoku : le moine Kôbô Daishi (Kûkai) y aurait médité au IX° siècle dans les grottes de la falaise. Le sentier côtier menant au phare longe des formations géologiques spectaculaires. Ouvert au public toute l'année.
5. Izu Oshima, Préfecture de Tokyo
Le phare de l'île d'Oshima, première des îles Izu à 100 kilomètres au sud de Tokyo, fut construit en 1869 dans le cadre de la politique d'ouverture maritime Meiji. La tour en brique de 16 mètres (lumière à 162 mètres), juchée sur les flancs du volcan Mihara encore actif, émet un feu à éclats blancs, portant à 18 milles nautiques. L'île est régulièrement coupée du trafic maritime lors des tempêtes tropicales qui remontent du Pacifique en automne. Le phare est entouré d'une forêt de camélias géants — Oshima est l'île des tsubaki — et ouvert aux visites de la galerie extérieure.
6. Kannonzaki, Préfecture de Kanagawa
Le phare de Kannonzaki, sur le détroit d'Uraga à l'entrée de la baie de Tokyo, est le premier phare occidental construit au Japon (1869), remplacé par la tour en brique actuelle de 19 mètres en 1884 après deux reconstructions. Son feu à éclats blancs porte à 15 milles nautiques, surveillant l'un des passages maritimes les plus denses du monde : plus de 50 000 navires par an transitent par le détroit d'Uraga. Un musée de la mer (Kannonzaki Tôdai Museum) est intégré dans le parc naturel qui entoure le site. Le phare est ouvert au public en semaine et le week-end.
7. Jogashima, Préfecture de Kanagawa
Situé sur l'île de Jogashima, à la pointe de la péninsule de Miura, ce phare fut construit en 1870 par le technicien français Verny, qui supervisa également l'arsenal de Yokosuka. La tour blanche de 14,6 mètres émet un feu à éclats blancs, deux éclats toutes les quinze secondes, portant à 17 milles nautiques, signalant la pointe méridionale de la baie de Sagami. La péninsule de Miura est réputée pour ses champs de choux géants et ses fermes de wasabi, mais c'est la silhouette du phare sur les rochers noirs de Jogashima qui attire les photographes. Accessible depuis Misaki par bus et pont.
8. Joyato de Kitazaki (ancien phare), Préfecture d'Ehime
Ce phare de pierre de style japonais traditionnel, construit en 1857 avant l'ère Meiji, est l'un des rares exemples de phare prémoderne encore conservé. La tour carrée en granit de 5 mètres, originellement alimentée par une lampe à huile de colza, signalait l'entrée du port de Yawatahama sur la mer intérieure de Bungo. Son design architectural hybride — base en pierre locale, toiture à pente de tuile — illustre la transition entre les techniques d'éclairage japonaises traditionnelles et les standards occidentaux qui allaient s'imposer après 1868. Classé patrimoine culturel préfectoral, il est conservé dans son état d'origine.
9. Cape Noma, Préfecture de Kagoshima
Le phare de Cape Noma (Nomamisaki), construit en 1904 à la pointe sud de la péninsule de Satsuma, surveille le détroit d'Ôsumi, passage entre la mer de Chine orientale et le Pacifique nord. La tour en brique de 29,6 mètres, peinte en blanc, émet un feu à éclats blancs, trois éclats toutes les quinze secondes, portant à 18 milles nautiques. Les courants de marée dans le détroit atteignent plusieurs noeuds, rendant la navigation difficile pour les petites embarcations de pêche. Le phare est entouré d'une végétation subtropicale caractéristique du Kyushu méridional et ouvert à la visite.
10. Nomo, Préfecture de Nagasaki
Construit en 1879 par un ingénieur des services techniques du gouvernement japonais formé à l'école de Brunton, le phare de Nomozaki se dresse à la pointe occidentale de la péninsule de Nishi-Sonogi, à l'entrée du passage entre Nagasaki et la mer de Chine. Sa tour octogonale en brique de 16 mètres émet un feu à éclats blancs portant à 17 milles nautiques. La région fut le principal point de contact entre le Japon et l'Occident pendant les deux siècles de sakoku (isolement national), via le comptoir de Dejima à Nagasaki. Le phare est accessible depuis Nomozaki par une route côtière panoramique.
Les phares japonais sont pour la plupart gérés par la Japan Coast Guard. Le Groupe des seize phares historiques (rekishi ni nokoru tôdai) regroupe les plus anciens et les mieux documentés, souvent ouverts le week-end. La période idéale pour visiter la côte du Pacifique est le printemps (mars-mai) ou l'automne (octobre-novembre), en dehors de la saison des typhons (juillet-septembre). Pour localiser l'ensemble des phares répertoriés dans l'archipel et planifier votre itinéraire, ouvrez la carte interactive.