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La préservation des phares et les associations de sauvegarde

La désaffectation : un destin commun

Avec l'automatisation généralisée des phares au cours du XXe siècle — achevée en France en 1988, au Royaume-Uni en 1998, en Australie en 1996, aux États-Unis en 1990 — la question de la pérennité des bâtiments s'est posée avec une acuité nouvelle. Un phare automatisé n'a plus besoin d'une maison de gardien, d'un hangar à matériel, d'un quai de débarquement ou d'une citerne à huile. Ce qui était un poste de travail est devenu une structure à entretenir sans personne pour en prendre soin quotidiennement. Les agences gouvernementales, confrontées à des contraintes budgétaires, ont cherché à transférer la propriété de ces bâtiments vers des entités capables d'en assurer l'entretien.

Le résultat a été très variable selon les pays. Certains phares ont été classés monuments historiques et ont bénéficié de financements publics pérennes. D'autres ont été vendus à des particuliers ou à des promoteurs immobiliers, parfois avec des résultats heureux (conversion en hôtels ou en résidences avec conservation du bâti), parfois avec des résultats désastreux (démolition partielle, dégradation faute d'entretien). Un troisième groupe, souvent les phares les plus isolés et les plus difficiles d'accès, a tout simplement été abandonné — laissé à la corrosion marine et aux végétaux.

Le cadre législatif aux États-Unis : le National Historic Lighthouse Preservation Act

Aux États-Unis, la National Historic Lighthouse Preservation Act de 2000 a transformé la situation. Cette loi a créé un mécanisme permettant de transférer les phares désaffectés de la Garde côtière américaine vers des entités publiques ou privées à but non lucratif capables d'en assurer la préservation. Le processus est administré conjointement par le National Park Service et le General Services Administration (GSA). Plus de deux cents phares ont ainsi changé de mains depuis 2000, rejoignant les inventaires de parcs nationaux, de musées maritimes, de municipalités côtières et d'associations spécialisées.

L'une des associations les plus actives dans ce cadre est la US Lighthouse Society, fondée à San Francisco en 1984. Elle publie des informations sur les phares mis en vente ou disponibles au transfert, facilite les candidatures des groupes locaux, et fournit une expertise technique sur les techniques de restauration appropriées pour différents types de construction — en particulier pour les tours en fonte, dont la corrosion est difficile à traiter sans endommager la structure originale.

Trinity House et le modèle britannique

Au Royaume-Uni, Trinity House — la corporation de droit royal chargée des phares d'Angleterre et du Pays de Galles depuis 1514 — gère elle-même la transmission des phares excédentaires. Son approche est pragmatique : les phares sont classés selon leur importance patrimoniale, leur état structurel et leur viabilité économique comme biens de rapport. Les tours les plus emblématiques, comme Longstone ou Eddystone, restent sous gestion directe de Trinity House même après automatisation, en raison de leur valeur patrimoniale nationale.

Pour les phares moins célèbres, Trinity House a développé des partenariats avec Historic England et le Landmark Trust. Ce dernier — une association caritative qui restaure des bâtiments historiques pour les louer en hébergement de vacances — gère ainsi plusieurs phares britanniques. Le phare de l'île de Lundy, North Light, a été restauré par le Landmark Trust et peut accueillir des vacanciers dans les logements des anciens gardiens. Cette formule combine préservation architecturale, autofinancement partiel et démocratisation de l'accès à des sites exceptionnels.

En France : monuments historiques et mécénat

En France, les phares sont généralement propriété de l'État et gérés par les Directions interrégionales de la mer (DIRM). Plusieurs dizaines sont classés ou inscrits au titre des monuments historiques, ce qui leur permet de bénéficier de crédits spécifiques de restauration et de l'application des règles de protection du patrimoine pour tous les travaux. Cordouan, le « roi des phares » construit à l'embouchure de la Gironde entre 1584 et 1611 et remanié au XVIIIe siècle, a été inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2021 — une reconnaissance qui a sensiblement accru les financements disponibles pour sa restauration continue.

Pour les phares moins emblématiques, des associations locales jouent un rôle fondamental. La Société d'études scientifiques du Finistère gère la préservation du Phare du Four, construit en 1874 sur un rocher à neuf kilomètres des côtes. Des campagnes de mécénat populaire, soutenues par la Fondation du Patrimoine, ont permis de financer des restaurations que les budgets publics seuls n'auraient pas couvertes. Le mécénat d'entreprise — notamment de compagnies d'assurance maritime et d'armateurs — constitue également une source de financement significative pour les phares qui peuvent être associés à une image de qualité liée à la mer.

Les défis techniques de la restauration

Restaurer un phare est une tâche techniquement complexe. Les matériaux utilisés — granit, calcaire, brique, fonte, zinc — réagissent chacun différemment à l'environnement côtier, caractérisé par le sel, l'humidité, le gel-dégel et les vents chargés d'embruns. Les joints de mortier des maçonneries anciennes utilisaient souvent des formulations à la chaux dont la composition exacte doit être reproduite pour maintenir la perméabilité à la vapeur de la maçonnerie — l'emploi de mortiers ciment modernes, trop rigides, peut conduire à une carbonatation accélérée du béton et à des fissurations de la pierre.

Les lanterne et les optiques posent un problème spécifique. Les lentilles de Fresnel de premier ordre, qui peuvent mesurer plus de deux mètres de diamètre et peser plusieurs tonnes, sont des mécanismes de précision dont le remplacement est impossible. Les restaurateurs spécialisés en optique maritime — une spécialité rarissime — doivent parfois fabriquer à la main des prismes de verre au plomb pour remplacer des éléments cassés, en reproduisant les angles de taille calculés par les ingénieurs du XIXe siècle. Quelques ateliers en France, aux Pays-Bas et aux États-Unis maintiennent cette savoir-faire.

Les structures offshore présentent un autre ordre de difficulté. Le Phare des Pierres Noires, à l'entrée de la rade de Brest, ou le Phare d'Ar-Men, au-delà de la chaussée de Sein, ne sont accessibles par hélicoptère qu'en créneaux météorologiques très étroits. L'acheminement des matériaux et du personnel représente une part considérable du budget de toute intervention, et les travaux doivent s'inscrire dans des fenêtres de mer calme impossibles à planifier longtemps à l'avance.

Les résidences de gardiens reconverties

Une stratégie de préservation qui a fait ses preuves consiste à trouver de nouveaux usages pour les bâtiments annexes des phares — maisons de gardiens, ateliers, magasins à huile — tout en conservant la tour elle-même dans son usage de marqueur de navigation. Cette approche permet de générer des revenus qui contribuent à l'entretien de l'ensemble du site.

En Irlande, Irish Lights a transformé plusieurs résidences de gardiens en hébergements touristiques de qualité. Le Galley Head Lighthouse, dans le comté de Cork, loue ainsi ses quatre cottages de gardiens à des visiteurs en quête d'un séjour au bord de la mer. Les recettes permettent de financer l'entretien des parties du site qui n'ont pas de valeur commerciale directe. En Norvège, des initiatives similaires concernent des phares comme Ryvarden et Kjeungskjær, dont les bâtiments annexes ont été convertis en auberges tout en maintenant la fonction de signalisation active.

Trouver les phares patrimoniaux

La préservation des phares est une cause qui mobilise des communautés très diverses — plaisanciers, amoureux du patrimoine, historiens de l'architecture, naturalistes qui apprécient les espèces nichant dans les sites isolés. Pour identifier les phares qui font l'objet d'efforts de préservation spécifiques dans une région donnée, ouvrir la carte permet de localiser des centaines de tours dans leur contexte géographique, de distinguer les phares actifs des phares désaffectés, et d'explorer les sites dont la sauvegarde mérite une attention particulière.