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Les phares sur rocher

Une catégorie à part

La construction d'un phare sur un rocher exposé au large — pas sur une falaise côtière, ni sur un îlot accessible par embarcation par beau temps, mais sur une roche qui disparaît sous les vagues en tempête et n'offre que quelques dizaines de mètres carrés de surface exploitable — constitue l'un des plus grands défis de l'ingénierie civile du XIXe siècle. Ces chantiers ont dépensé des fortunes, coûté des vies, et produit des structures qui résistent toujours, souvent après plus d'un siècle et demi d'exposition à des forces que peu de constructions humaines subissent.

Ce qui distingue les phares sur rocher des autres tours maritimes, c'est la nécessité de faire en sorte que le bâtiment résiste non pas à un dérangement exceptionnel mais à une violence permanente. Une vague de tempête peut exercer une pression de plusieurs tonnes par mètre carré sur une surface verticale. Le phare doit absorber ces chocs, transmettre les forces à la roche sous-jacente, et maintenir son intégrité structurelle après des dizaines de milliers de cycles de chargement répartis sur des décennies.

Eddystone : quatre tours, un seul récif

L'Eddystone, un récif de schiste et de grès qui pointe à quatorze milles marins au sud de Plymouth, a coûté la vie à tant de marins au XVIIe siècle que les marchands de Plymouth ont financé une tour privée, inaugurée en 1699 et construite par l'ingénieur autodidacte Henry Winstanley. La structure octogonale en bois et en métal, jugée insuffisamment robuste par tous les ingénieurs qui l'ont étudiée, a été emportée par la Grande Tempête du 27 novembre 1703 avec Winstanley lui-même à l'intérieur.

La deuxième tour, également en bois, a été construite en 1709 par John Rudyerd. Elle a fonctionné quarante-six ans avant d'être détruite par un incendie en 1755 — la lanterne en feu a fondu le plomb du toit et entraîné la ruine complète de la structure. La troisième tour, en granit dovetailed, a été conçue et construite par John Smeaton entre 1756 et 1759. Sa forme tronconique, imitant le profil d'un chêne adulte, est le prototype de toutes les tours en maçonnerie sur rocher qui ont suivi. Smeaton a démontré que la stabilité résidait dans le profil aérodynamique et dans l'assemblage soigné des blocs de granit, taillés avec des queues d'aronde pour s'intégrer les uns dans les autres sans déplacement possible.

La quatrième et actuelle tour d'Eddystone a été construite par James Douglass entre 1878 et 1882, car le rocher portant la tour de Smeaton avait montré des signes d'érosion. La tour de Smeaton elle-même a été déplacée — bloc par bloc — vers Plymouth Hoe, où elle se dresse toujours comme monument historique. La nouvelle tour, haute de 49 mètres, est en service depuis 1882 avec un feu de caractéristique Fl(2)5s, portée 22 milles. Elle est aujourd'hui automatisée et gérée par Trinity House.

Bell Rock : le chef-d'oeuvre de Robert Stevenson

Le Bell Rock est un récif de grès rouge qui affleure à seulement douze milles à l'est d'Arbroath, sur la côte est de l'Écosse. Il était immergé à la plupart des marées, ne surgissant que quelques heures par jour, et il avait causé d'innombrables naufrages, dont celui de la frégate HMS York en 1804, avec la perte de 491 hommes. Ce désastre a provoqué la décision de construire un phare, confiée au jeune ingénieur Robert Stevenson.

Le chantier, qui a duré de 1807 à 1811, est un monument d'organisation et de détermination. Les ouvriers ne pouvaient travailler que pendant les courtes périodes d'émersion du rocher — quelques heures par jour, parfois moins — et devaient dormir sur un bâtiment de travail mouillé à proximité. Stevenson a conçu un système d'embrèvement des pierres — chaque bloc de granit taillé s'emboîtant dans les blocs voisins par un système de languettes et de rainures — qui donne à la tour une solidité monolithique qu'aucune construction en blocs posés ordinaires ne peut atteindre. La tour, haute de 35 mètres, a été inaugurée en 1811 avec un feu tournant. Elle n'a jamais subi de dommages structurels significatifs depuis lors — un record d'endurance remarquable pour une construction offshore.

Automatisé en 1988, Bell Rock émet aujourd'hui un feu de caractéristique Fl(3)30s, portée 18 milles. Il est géré par le Northern Lighthouse Board, qui maintient l'optique d'origine en état de fonctionnement.

Bishop Rock : la tour qui a failli céder

Bishop Rock, à l'extrémité occidentale des îles Scilly, à 46 kilomètres à l'ouest de Land's End, est l'un des emplacements les plus exposés de l'Atlantique Nord. La première tour, une structure en fonte sur pieux, a été emportée par une tempête en 1850, avant même d'être allumée. La deuxième tour, en granit, construite par James Walker entre 1851 et 1858, était haute de 36 mètres — mais les tempêtes hivernales faisaient vibrer l'ensemble de la structure de façon inquiétante, et les gardiens signalaient des ébranlements qui faisaient tomber les objets des étagères.

James Douglass a été chargé d'une reconstruction renforcée entre 1883 et 1887 : il a enveloppé la tour existante dans une nouvelle enveloppe de granit, portant la hauteur totale à 49 mètres et son diamètre à la base à plus de 16 mètres. Cette tour renforcée a tenu. Son feu actuel, de caractéristique Fl(2)15s, portée 24 milles, est le premier point lumineux que les navires traversant l'Atlantique aperçoivent depuis les ports américains. Bishop Rock est géré par Trinity House et automatisé depuis 1992.

Ar-Men : le « rocher de l'enfer »

La construction française par excellence en matière de phares sur rocher est Ar-Men, un récif d'une dizaine de mètres carrés situé au bout de la chaussée de Sein, à l'extrémité occidentale de la Bretagne. Le chantier a duré quatorze ans, de 1867 à 1881, non pas en raison de la complexité technique mais à cause des conditions météorologiques — la mer ne permettait des interventions que quelques heures par an. Les chroniques de la construction rapportent qu'en 1870, les équipes n'ont pu travailler que trente-sept heures au total sur le rocher.

La tour en granite, haute de 33 mètres, a été inaugurée en 1881. Sa portée lumineuse de 23 milles et son feu de caractéristique Fl(3)20s en font un repère fondamental pour les navires contournant la pointe bretonne. La dernière relève de gardien a eu lieu en 1990 ; la tour est depuis entièrement automatisée. Ar-Men reste symbole dans la culture maritime bretonne de la difficulté extrême — son nom, qui signifie « la roche » en breton, est aussi devenu un synonyme d'épreuve.

Trouver les phares sur rocher

Les grands phares sur rocher sont parmi les structures les plus photographiées et les plus emblématiques du monde maritime. Ouvrir la carte permet de situer ces tours et d'explorer leur contexte géographique — les récifs, les courants et les voies de navigation qui ont justifié les sacrifices extraordinaires nécessaires à leur construction.