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Les phares les plus isolés du monde

Ce que signifie l'isolement

Un phare isolé n'est pas simplement difficile à atteindre. C'est une structure qui fonctionne sans présence humaine permanente dans un environnement où la défaillance technique ne peut pas être corrigée rapidement, où les conditions météorologiques interdisent tout accès pendant des semaines, et où la distance au continent mesure parfois plusieurs jours de navigation. Ces phares existent parce que les routes maritimes qu'ils signalent sont suffisamment fréquentées ou dangereuses pour justifier le coût et la difficulté extraordinaires de leur construction et de leur maintenance. Certains ont été habités par des gardiens pendant des décennies ; d'autres furent automatisés presque dès leur mise en service. Tous partagent une même qualité : ils sont là où presque personne d'autre ne va.

Le Phare des Éclaireurs, Terre de Feu

Le Faro Les Éclaireurs, construit par l'Argentine en 1920 dans le canal de Beagle à l'est d'Ushuaia, est souvent désigné comme le phare le plus austral du monde habité. Ce n'est pas tout à fait exact — le San Juan de Salvamento, plus à l'est sur l'île des États, lui dispute ce titre — mais sa situation dans le canal battu par les vents de la Terre de Feu, à quelques milles d'Ushuaia, est néanmoins spectaculaire. La tour de briques rouge et blanc de 11 mètres se dresse sur un îlot rocheux que les phoques de Magellan utilisent comme reposoir. Des excursions en zodiac depuis Ushuaia permettent d'en approcher, mais le débarquement n'est pas autorisé. Le Faro San Juan de Salvamento, sur l'île des États, est lui véritablement isolé : aucune route maritime régulière ne passe à proximité, et il faut un navire spécialement affrété pour y accéder.

Muckle Flugga, Shetland

À l'extrémité nord des îles Shetland, au-delà même de l'île d'Unst, un rocher de 63 mètres de hauteur surgit de l'Atlantique Nord. C'est Muckle Flugga, et le phare qui s'y dresse, construit par David et Thomas Stevenson en 1854–1858, est le phare le plus septentrional de Grande-Bretagne. La construction eut lieu dans des conditions extrêmes : le rocher est tellement exposé que les tempêtes projetaient des vagues par-dessus la tour pendant les travaux. Les blocs de granite furent hissés par des palans depuis des barques mouillées dans le seul endroit abrité de l'île. Une fois la tour achevée, les gardiens vivaient des semaines entières sans possibilité de ravitaillement lorsque les coups de vent nordiques bloquaient toute navigation. Automatisée en 1995, la tour de 20 mètres émet aujourd'hui Fl(2)W 20s visible à 22 milles nautiques.

Stiff et Créac'h, Ouessant

Ouessant n'est pas l'île la plus isolée du monde, mais elle se situe sur l'une des routes maritimes les plus fréquentées — et les plus dangereuses — de l'Atlantique nord. Le Rail d'Ouessant, qui passe entre l'île et le continent, concentre plusieurs dizaines de milliers de navires par an, dont les pétroliers et porte-conteneurs géants qui longent les côtes européennes. Le Phare du Créac'h, allumé en 1863 et rénové à plusieurs reprises, est l'un des phares les plus puissants du monde : sa lentille hyper-radiale de quatrième génération émet deux éclats toutes les dix secondes, Fl(2)W 10s, avec une portée nominale de 28 milles nautiques. La station abrite aujourd'hui le musée des Phares et Balises, référence pour quiconque s'intéresse à l'histoire de la signalisation maritime française. Le Phare du Stiff, plus ancien, date de 1699 — l'un des plus anciens phares encore en service en France.

Aniva, Sakhaline

Le Faro Aniva, construit par les Japonais en 1939 sur le rocher Sivuchiy au large de la pointe sud de Sakhaline, est l'un des phares les plus impressionnants de l'Asie du Pacifique. Sa tour béton de neuf étages s'élève à 31 mètres sur un rocher pratiquement inaccessible dans la mer d'Okhotsk. Après la prise de Sakhaline par l'URSS en 1945, le phare fut maintenu en activité jusqu'au début des années 1990, date à laquelle l'automatisation et le déclin du trafic maritime local conduisirent à son abandon. Le phare est aujourd'hui en état de délabrement avancé, accessible uniquement par hélicoptère ou par bateau dans des conditions de mer favorables — ce qui signifie quelques semaines par an. Des photographies de l'intérieur, prises par des expéditions récentes, montrent les appartements des gardiens soviétiques encore meublés, figés dans leur abandon.

Tillamook Rock, Oregon

À quelques milles au large de Cannon Beach en Oregon, un basalte volcanique solitaire émerge de l'Océan Pacifique. Le Phare de Tillamook Rock, surnommé Terrible Tilly par ses gardiens, fut construit en 1881 dans des conditions qui découragèrent plusieurs équipes d'ouvriers avant la fin des travaux. La houle du Pacifique, sans obstacle depuis l'Asie, attaque le rocher de plein fouet. Des pierres projetées par les vagues ont atteint la lanterne à 41 mètres au-dessus de la mer et brisé les vitres plusieurs fois au cours de la vie active du phare, entre 1881 et 1957. Depuis la désactivation, la tour a servi de columbarium — les cendres de défunts y sont entreposées dans des urnes — et reste propriété privée. Aucun accès public n'est autorisé. Ouvrez la carte pour situer Tillamook Rock sur la côte de l'Oregon et explorer les autres phares de la région.

Bishop Rock, Sorlingues

À l'extrémité occidentale des Sorlingues, à quarante-cinq kilomètres au large de Land's End, Bishop Rock est le point le plus occidental de la Grande-Bretagne. La tour actuelle, construite par James Douglass entre 1882 et 1887 pour remplacer une structure antérieure jugée insuffisante, s'élève à 44 mètres au-dessus de la mer. Sa situation — à la jonction des routes Atlantique-Manche et des courants du Gulf Stream — en fait l'un des phares les plus importants stratégiquement des eaux britanniques. Des centaines de milliers de navires ont utilisé Bishop Rock comme point de départ ou d'arrivée de leurs traversées transatlantiques, et le Livre des records Guinness a longtemps reconnu le rocher de Bishop Rock comme la plus petite île du monde habitée par l'homme — une reconnaissance qui témoigne de l'extraordinaire défi que représentait la vie dans cette tour perdue dans l'Atlantique. Automatisée en 1992 dans le cadre du programme de Trinity House, la tour émet aujourd'hui Oc(2)WR 15s à une portée de 24 milles nautiques.

Kerguelen et les îles subantarctiques

Les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) maintiennent quelques structures de signalisation maritime sur des îles que la plupart des atlas mentionnent à peine. Les îles Kerguelen, à 4 000 kilomètres au sud du cap de Bonne-Espérance, sont traversées par les routes des navires qui contournent l'Antarctique. Des balises lumineuses y ont été installées sur plusieurs points dangereux. Ces structures, alimentées par énergie solaire ou nucléaire (les anciennes installations), ne peuvent être visitées que par les équipes de la base scientifique Alfred-Faure, ravitaillée quatre fois par an par le Marion Dufresne. Il n'existe pas de phare habité aux Kerguelen, mais la notion même d'aide à la navigation dans ces eaux illustre la permanence du besoin : tant qu'il y a des navires, il y a besoin de lumière.