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La dynastie Stevenson des phares

Une famille au service des côtes écossaises

Pendant plus d'un siècle, une seule famille a façonné le paysage maritime de l'Écosse avec une cohérence et une ambition rarement égalées dans l'histoire du génie civil. Les Stevenson — ingénieurs de père en fils pendant quatre générations — ont conçu et construit la quasi-totalité des phares des côtes écossaises, transformant un littoral réputé pour ses naufrages en l'un des mieux balisés du monde. Leur œuvre représente plus de quatre-vingt-dix phares majeurs, dont plusieurs sur des rochers submergés que les ingénieurs de l'époque considéraient comme impossibles à équiper.

L'histoire commence avec Robert Stevenson (1772–1850), qui rejoint le Commissioners of Northern Lighthouses en 1799 et en devient l'ingénieur principal. C'est lui qui définit les méthodes constructives et les standards architecturaux qui caractériseront la production familiale pendant des décennies. Son chef-d'œuvre, Bell Rock, reste aujourd'hui l'un des monuments de l'ingénierie mondiale.

Bell Rock : le rocher des cloches dompté

Le Inchcape Rock — dit Bell Rock — affleure à peine à marée haute au large des côtes d'Angus, à vingt kilomètres de la côte. Pendant des siècles, il a déchiré la coque de centaines de navires. En 1799, après le naufrage du HMS York avec tout son équipage, le Parlement britannique vote les fonds pour sa mise en lumière.

Robert Stevenson commence les travaux en 1807. Les conditions sont brutales : la roche n'est accessible que deux heures par marée basse, les maçons travaillent les pieds dans l'eau froide de la mer du Nord, et une tempête peut disperser en quelques minutes ce qui a été construit en des jours. L'équipe loge sur un navire-caserne ancré à proximité. La tour de grès rouge, haute de 35 mètres, est achevée en 1811. Depuis lors, son feu — aujourd'hui Fl(3) 30s avec une portée de 18 milles marins — n'a jamais cessé de tourner, traversant deux guerres mondiales sans interruption. Bell Rock est toujours en service, automatisé depuis 1988.

Les fils et la continuité de l'œuvre

Robert Stevenson forma ses trois fils — Alan (1807–1865), David (1815–1886) et Thomas (1818–1887) — au métier d'ingénieur de phares. Chacun porta l'entreprise familiale à de nouveaux sommets.

Alan Stevenson construisit Skerryvore entre 1838 et 1844, sur un récif isolé à vingt kilomètres au sud-ouest de l'île de Tiree. La tour de granit, haute de 48,5 mètres, fut érigée dans des conditions encore plus rudes que Bell Rock : le récif disparaît complètement sous les vagues lors des grandes tempêtes. Pour résoudre le problème, Alan conçut une tour fuselée dont la section transversale varie selon une courbe parabolique calculée pour résister aux forces hydrodynamiques. L'ingénieur et romancier Robert Louis Stevenson, neveu d'Alan, décrivit Skerryvore comme «la plus belle de toutes les tours construites dans les mers».

David et Thomas collaborèrent à des dizaines de phares sur les côtes exposées des Hébrides, des Orcades et des Shetland, adaptant les techniques de leur père aux configurations géologiques particulières de chaque site.

Thomas Stevenson et l'optique

Thomas Stevenson apporta une contribution décisive à la technique des phares en perfectionnant les lentilles à éclair holophotal, qui concentrent toute la lumière émise par la source dans un faisceau horizontal. Il développa également les feux intermittents à éclipse, qui permettent d'attribuer à chaque phare une signature lumineuse unique — un système toujours utilisé aujourd'hui dans la notation internationale des feux.

C'est Thomas qui supervisa l'installation des premières lentilles de Fresnel de grande taille en Écosse, remplaçant les anciens réflecteurs paraboliques en cuivre argenté par des appareils dioptiques de premier ordre capables d'être vus à vingt milles marins par temps clair. Son manuel théorique sur l'optique des phares, publié en 1871, fut traduit en plusieurs langues et fit référence dans le domaine pendant des décennies.

Robert Louis Stevenson : l'héritier inattendu

Le fils de Thomas Stevenson naquit à Édimbourg en 1850. On attendait de lui qu'il rejoigne la tradition familiale, et il fit ses études d'ingénieur à l'université d'Édimbourg. Il accompagna son père sur plusieurs chantiers de phares dans les îles écossaises, et ces voyages marquèrent durablement son imaginaire — la mer, l'isolement, le danger figurent dans une grande partie de son œuvre littéraire.

Mais la santé fragile de Robert Louis et une attirance irrésistible pour l'écriture le détournèrent du génie civil. Il abandonna la profession familiale pour la littérature, donnant au monde L'Île au trésor, L'Étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde, et des dizaines d'autres textes. Dans un essai autobiographique, il écrivit que renoncer aux phares avait été «la seule grande désobéissance» de sa vie.

Il n'en resta pas moins profondément attaché à l'héritage des Stevenson. Son poème en prose «Records of a Family of Engineers», inachevé à sa mort en 1894, est un hommage à ses ancêtres bâtisseurs.

La quatrième génération

David A. Stevenson (1854–1938) et Charles Alexander Stevenson (1855–1950), fils de David senior, poursuivirent l'activité familiale jusqu'au début du vingtième siècle. C'est sous leur direction que furent construits certains des derniers grands phares écossais, notamment Dubh Artach (1872), un autre rocher isolé au large des Hébrides intérieures, et Cape Wrath (1828), sur la pointe nord-ouest de l'Écosse continentale.

La famille entretint pendant plus d'un siècle une relation contractuelle exclusive avec le Northern Lighthouse Board, l'organisme public chargé des phares écossais et de l'île de Man. Cette relation prit fin au début des années 1940, lorsque le Board décida de constituer une équipe d'ingénieurs internes.

Un héritage architectural reconnaissable

Les phares Stevenson partagent un certain nombre de caractéristiques architecturales qui les rendent reconnaissables. La tour cylindrique en pierre appareillée, légèrement fuselée vers le haut, domine un bâtiment bas abritant le logement du gardien. La peinture blanche — imposée par la visibilité diurne — contraste avec la roche noire ou grise du site. Les lanternes sont généreusement dimensionnées pour accueillir des appareils optiques de grand diamètre.

Cette cohérence formelle n'est pas accidentelle : elle reflète des choix techniques précis. La forme fuselée renforce la résistance aux tempêtes. L'épaisseur des murs, décroissante avec la hauteur, optimise la répartition des masses. Les fenêtres, étroites et peu nombreuses, minimisent les surfaces exposées au vent.

Visiter l'héritage Stevenson

La plupart des phares construits par la famille Stevenson sont toujours en service sous la gestion du Northern Lighthouse Board, automatisés pour la plupart depuis les années 1980 et 1990. Certains sont accessibles aux visiteurs : Neist Point sur l'île de Skye offre une promenade spectaculaire jusqu'au pied de la tour, tandis que Bell Rock, bien qu'inaccessible au public, se visite virtuellement grâce au centre d'interprétation d'Arbroath. Skerryvore possède un musée dédié à Hynish, sur l'île de Tiree, qui retrace les conditions de construction et conserve des équipements d'origine.

Pour explorer l'ensemble des phares du littoral écossais et planifier votre propre itinéraire maritime, ouvrez la carte et découvrez ces sentinelles toujours à leur poste.