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Les phares les plus hauts du monde

Pourquoi la hauteur compte

Un phare ne cherche pas à impressionner par ses dimensions : chaque mètre supplémentaire de maçonnerie répond à un problème pratique. La portée géographique d'un feu — la distance à laquelle il disparaît sous l'horizon — dépend directement de la hauteur du plan focal au-dessus du niveau de la mer. Un phare de 30 mètres sera visible depuis un navire dont la passerelle se trouve à 10 mètres au-dessus des flots à environ 20 milles marins ; une tour de 100 mètres repousse cet horizon à 40 milles. Sur les côtes basses, les approches sablonneuses ou les estuaires encombrés de brume, cette différence peut déterminer si un équipage voit le signal à temps pour corriger sa route.

Les phares les plus hauts du monde ne sont donc pas le fruit de la vanité architecturale : ils répondent à des besoins de navigation précis, souvent dans des zones de trafic maritime intense où les enjeux commerciaux et humains exigent une visibilité maximale.

Jeddah Light, Arabie saoudite : le sommet absolu

La tour du port de Jeddah, en Arabie saoudite, est généralement citée comme le phare le plus haut du monde. Sa structure atteint 133 mètres, et le plan focal du feu se situe à environ 121 mètres au-dessus de la mer Rouge. Achevée en 1990 dans le cadre du développement du port industriel de Jeddah Islamic Port, la tour combine les fonctions d'un phare opérationnel et d'une tour de contrôle du trafic maritime. Son feu émet un groupe d'éclats (Fl 3) visible à 28 milles marins.

La structure béton, à section octogonale, est surmontée d'une lanterne et d'une galerie d'observation. Elle se distingue par une architecture austère, fonctionnelle, typique des grandes infrastructures portuaires du Golfe — sans les ornements néogothiques ou classiques des phares européens du XIXe siècle.

Le phare de Yokohama, Japon

Le phare de Yokohama — officiellement désigné Yokohama Kaikyo-hen (Yokohama Port Opening Memorial) — s'élève à 106 mètres dans la baie de Tokyo. Il fut construit en 1986 pour commémorer le 130e anniversaire de l'ouverture du port de Yokohama, premier port japonais ouvert au commerce international en 1859. Mais au-delà de sa fonction commémorative, il est pleinement opérationnel : son feu tourne avec une portée nominale de 25 milles marins.

La tour en acier et béton, de section circulaire, est aussi un belvédère accessible au public. Les visiteurs peuvent monter en ascenseur jusqu'à la plate-forme d'observation à 94 mètres, d'où la baie de Tokyo et les quartiers portuaires de Yokohama s'étendent dans toutes les directions.

Cape Hatteras, États-Unis : la plus haute tour de brique du monde

À 63 mètres de hauteur totale — et un plan focal à 59 mètres — Cape Hatteras Lighthouse, en Caroline du Nord, n'entre pas dans la même catégorie que Jeddah ou Yokohama. Mais elle est remarquable pour une autre raison : c'est la plus haute tour de brique du monde, avec ses 1,25 million de briques empilées selon une spirale bicolore noire et blanche devenue l'une des images les plus reconnues du patrimoine maritime américain.

Construite en 1870 sous la direction de l'ingénieur Dexter Stetson, elle remplaça une tour antérieure jugée insuffisante pour marquer le Diamond Shoals, un chapelet de hauts-fonds qui a englouti plus de six cents navires depuis le début de la colonisation. Le feu, Oc W 7.5s, porte à 24 milles marins. En 1999, face à l'érosion qui menaçait de faire basculer la tour dans l'océan, l'ensemble du monument — tour et bâtiments annexes — fut déplacé de 487 mètres vers l'intérieur des terres en une opération de génie civil qui reste un record mondial pour un déplacement de structure maçonnée.

Phare de Genova (La Lanterna), Italie

La Lanterna de Gênes, haute de 76 mètres sur un promontoire de 40 mètres, cumule une hauteur de plan focal d'environ 117 mètres au-dessus de la mer. Elle est souvent présentée comme l'un des phares les plus anciens encore en service : son origine remonte à 1128, bien que la structure actuelle date principalement de 1543. Elle signale l'entrée du port de Gênes avec un feu Fl(2) W 20s visible à 25 milles marins.

La tour octogonale en deux sections superposées — chacune coiffée d'une galerie — est devenue le symbole héraldique de la ville de Gênes. Elle a résisté à des siècles de guerres, de bombardements et d'extensions portuaires. Un musée aménagé à sa base retrace l'histoire du port et de ses techniques d'éclairage.

Île de Texel, Pays-Bas, et les phares de mer du Nord

Le phare de Texel (Vuurtoren Texel), sur l'île nord-frisonne néerlandaise, culmine à 35 mètres mais son plan focal, à 55 mètres au-dessus du niveau de la mer grâce à la dune sur laquelle il repose, assure une portée de 29 milles marins. C'est une illustration parfaite du principe selon lequel la hauteur totale d'une tour ne suffit pas à mesurer son efficacité : l'altitude du site d'implantation est tout aussi déterminante.

Sur la côte de la mer du Nord, plusieurs phares combinent une tour modeste et une implantation en hauteur pour atteindre des portées remarquables. Le phare de Westerheversand, en Allemagne, planté sur le fond plat du Schleswig-Holstein, compense son plan focal modeste (30 mètres) par une optique de grande puissance et un emplacement dégagé.

Les géants du continent américain

Ponce de Leon Inlet, en Floride, atteint 56,4 mètres — la seconde plus haute tour de brique des États-Unis après Cape Hatteras. Construit en 1887 dans un style architectonique néo-mauresque peu courant pour un phare américain, il est aujourd'hui classé monument historique national et abrite un musée consacré à l'histoire des phares de Floride.

Au Canada, le phare de Cape Race à Terre-Neuve (29 mètres de tour, mais 42 mètres de plan focal) marque le cap le plus à l'est de l'Amérique du Nord continentale. Sa puissance lumineuse fut pendant longtemps l'une des plus fortes de l'Atlantique Nord, avec un feu Fl(4) W 15s initialement alimenté par une lentille de Fresnel de premier ordre.

La question de la mesure : hauteur de tour ou hauteur de feu ?

Les classements des phares les plus hauts du monde souffrent d'une ambiguïté fondamentale : faut-il mesurer la hauteur totale de la structure, ou la hauteur du plan focal au-dessus du niveau moyen de la mer ? Ces deux mesures ne coïncident pas toujours. Un phare construit sur une falaise de 80 mètres peut avoir un plan focal très élevé avec une tour relativement modeste, tandis qu'une tour gigantesque implantée sur une plage de sable aura un plan focal moins impressionnant.

Les hydrographes et les services des phares utilisent universellement la hauteur du plan focal, car c'est elle qui détermine la portée géographique. Les listes touristiques, en revanche, mesurent souvent la hauteur de la structure — ce qui favorise les tours construites dans des plaines côtières basses.

Visiter les grandes tours

Plusieurs des phares les plus hauts du monde sont ouverts aux visites. Cape Hatteras accepte les visiteurs de mai à octobre ; la montée des 257 marches est récompensée par une vue spectaculaire sur l'Outer Banks et le Diamond Shoals. Ponce de Leon Inlet est ouvert toute l'année. La Lanterna de Gênes organise des visites guidées les week-ends. Le phare de Yokohama accueille le public en semaine.

Pour localiser ces monuments sur la carte mondiale et planifier votre propre visite, ouvrez la carte et explorez les phares géants répartis sur tous les continents.