Le Lighthouse Service américain et les Garde-côtes
Les premiers feux de la République
Le neuvième acte signé par le premier Congrès des États-Unis, en août 1789, plaça tous les phares, balises et bouées sous l'autorité du gouvernement fédéral. Cette décision précoce — prise avant même que les premières lois fiscales ou la charte de la Banque nationale ne soient votées — témoigne de l'importance que les législateurs nouvellement indépendants accordaient à la sécurité maritime. Les échanges commerciaux par mer constituaient l'artère économique principale de la jeune nation, et les phares en étaient les gardiens indispensables.
Le premier phare construit sous autorité fédérale fut Portland Head Light, au Maine, inauguré en janvier 1791 après que le gouvernement fédéral eut repris le chantier laissé en suspens par l'État du Massachusetts. Financé à hauteur de 1 500 dollars fédéraux supplémentaires, il marquait l'entrée du port de Portland et signalait les rochers de Casco Bay. Il est toujours en service aujourd'hui, son feu Oc(2+1)W 20s tournant depuis plus de deux siècles.
Le Lighthouse Establishment et ses premières décennies
Pendant ses cinquante premières années, le réseau fédéral des phares fut géré directement par le secrétaire du Trésor, puis par un commissaire délégué — le Superintendent of Lighthouses. Les résultats furent médiocres. La qualité de construction variait énormément d'un État à l'autre, les fournitures (huile de baleine, mèches, verre de lanterne) étaient souvent achetées à des fournisseurs politiquement connectés plutôt que techniquement compétents, et les gardiens recevaient des salaires insuffisants qui favorisaient la négligence.
Un rapport cinglant du Congrès, publié en 1851, conclut que les phares américains étaient systématiquement inférieurs à leurs homologues européens, notamment français et britanniques. L'enquête pointa en particulier le retard technologique : alors que la France équipait ses phares de lentilles de Fresnel depuis les années 1820, les États-Unis utilisaient encore massivement des réflecteurs paraboliques en étain argenté, bien moins efficaces.
Le Lighthouse Board, 1852–1910
La réforme vint en 1852 avec la création du Lighthouse Board, un organisme collégial composé d'officiers de la marine et de l'armée, d'ingénieurs civils et de scientifiques. Le Board fut chargé de tout : construction, entretien, approvisionnement, formation du personnel et adoption des nouvelles technologies.
Les effets furent immédiats et spectaculaires. En moins de cinq ans, la quasi-totalité des phares américains importants fut équipée de lentilles de Fresnel importées de France. Le réseau fut divisé en douze districts, chacun avec son propre tender (navire ravitailleur), son dépôt et son équipe d'ingénieurs. Des normes d'architecture furent établies, expliquant l'étonnante homogénéité stylistique des phares américains construits entre 1860 et 1900 — la tour en fonte boulonnée, la lanterne à dix panneaux de verre, le logement en brique rouge à deux étages, la remise à bateaux.
Le Board supervisa également l'introduction des feux à gaz acétylène à la fin du XIXe siècle, qui permirent d'alimenter des phares secondaires sans personnel permanent.
La géographie du réseau
À son apogée, vers 1900, le réseau fédéral américain comptait plus de 1 600 phares et feux côtiers, auxquels s'ajoutaient des centaines de bouées lumineuses et de lightships (bateaux-phares) mouillés sur les hauts-fonds dangereux que nulle construction fixe ne pouvait équiper.
Ce réseau couvrait des environnements extraordinairement variés : les côtes rocheuses du Maine, où des constructions comme Tillamook Rock (1881) en Oregon ou Stannard Rock (1882) dans le lac Supérieur exigeaient les mêmes techniques de construction offshore que les rochers britanniques de la Manche ; les eaux peu profondes du Mississippi et des Grands Lacs, qui nécessitèrent l'invention des lighthouses à pilotis vissés (screwpile lighthouses) et des structures sur caissons ; les lacs intérieurs de l'Alaska, où la navigation commerciale explosa après la ruée vers l'or de 1898.
Le Lighthouse Service, 1910–1939
En 1910, une réforme administrative supprima le Lighthouse Board et créa le Bureau of Lighthouses, plus couramment appelé Lighthouse Service, sous la direction d'un commissaire civil. Ce fut une décision controversée : les officiers de marine qui avaient dirigé le Board s'y opposèrent vivement, arguant que les phares étaient fondamentalement une question de sécurité militaire autant que commerciale.
Le premier commissaire, George Putnam, occupa le poste pendant vingt-cinq ans. C'est sous sa direction que furent menées les grandes campagnes d'électrification et que les premières automatisations furent expérimentées. En 1936, le Lighthouse Service comptait encore environ 5 000 gardiens permanents sur ses 30 000 kilomètres de côtes sous juridiction américaine.
La fusion avec les Garde-côtes, 1939
Le 1er juillet 1939, le président Roosevelt signa le décret qui fusionnait le Lighthouse Service avec les United States Coast Guard. Cette décision, motivée par des considérations d'économie budgétaire et de rationalisation administrative à la veille de la Seconde Guerre mondiale, mit fin à cent cinquante ans d'existence d'un corps civil dédié aux phares.
Les gardiens du Lighthouse Service eurent le choix entre rejoindre la Coast Guard en tant que militaires ou conserver un statut civil comme techniciens contractuels. Beaucoup choisirent l'uniforme. Pendant la guerre, les phares furent obscurcis sur la côte est pour ne pas servir de point de repère aux sous-marins allemands qui patrouillaient jusqu'au large de la Floride.
L'automatisation systématique
Après la guerre, la Coast Guard entreprit une automatisation systématique de l'ensemble du réseau. Les progrès de l'électronique — ballasts automatiques, cellules photoélectriques, systèmes de surveillance à distance — permirent de remplacer progressivement les gardiens résidents par des équipements autonomes. L'un des derniers phares américains gardé en permanence, Boston Light, fut officiellement automatisé en 1998, bien que des rangers du National Park Service continuent à y résider à temps partiel dans le cadre d'un programme éducatif.
Cette automatisation a eu un coût patrimonial considérable. Privés d'entretien quotidien, de nombreux bâtiments de gardiens tombèrent en ruine avant que des associations de préservation ne prennent le relai, souvent grâce au National Historic Lighthouse Preservation Act de 2000, qui permet le transfert de propriété des phares désaffectés à des collectivités ou des organisations à but non lucratif.
Le réseau aujourd'hui
Les États-Unis comptent aujourd'hui environ 700 phares en service opérationnel sous gestion de la Coast Guard, auxquels s'ajoutent des centaines de structures historiques maintenues par des fondations privées, des parcs nationaux ou des municipalités côtières. Des programmes comme le «Adopt a Lighthouse» permettent à des volontaires de participer à l'entretien de structures classées.
La Coast Guard continue d'entretenir le réseau d'aides à la navigation le plus vaste du monde, combinant phares traditionnels, bouées lumineuses automatiques, systèmes DGPS et AIS pour guider les 20 000 navires de commerce qui entrent dans les ports américains chaque année.
Pour explorer l'intégralité du réseau de phares américains et planifier vos visites, ouvrez la carte et découvrez ces sentinelles réparties des côtes glacées du Maine aux récifs coralliens de Floride.