Top 10 des phares en Bretagne
Nulle région du monde n'a produit une concentration de phares aussi extraordinaire que la Bretagne. Ce bout de granit planté dans l'Atlantique, battu par les courants de la Manche et du golfe de Gascogne, hérissé de récifs que les cartes anciennes nommaient simplement «dangers», fut pendant des siècles le cauchemar des navigateurs. Les naufrageurs de légende, les brisants au nom évocateur — les Pierres Noires, les Chaussées de Sein, le Four — ont inspiré des générations d'ingénieurs à ériger ici les phares les plus audacieux techniquement et les plus émouvants visuellement de toute la côte française. Leur entretien reste aujourd'hui l'une des opérations les plus délicates gérées par la Direction des affaires maritimes.
1. Phare de la Jument, Archipel de Molène
La Jument est le phare le plus photographié de Bretagne — sa tour rouge dressée dans un nuage d'écume lors des grandes tempêtes est devenue l'une des images iconiques de la mer. Construit entre 1904 et 1911 sur le récif du même nom dans l'archipel de Molène, en pleine mer d'Iroise, il fut rendu possible grâce au legs de Charles-Eugène Potron, un ingénieur sauvé du naufrage qui légua sa fortune à l'État pour financer ce phare. La tour en granit de Kersanton mesure 47 mètres. Son feu Oc(3) R 12s, rouge sur 360°, porte à 22 milles marins. Automatisé en 1991, il n'est pas accessible au public.
2. Phare du Créac'h, Île d'Ouessant
Le Créac'h est l'un des phares les plus puissants du monde. Construit en 1863 sur la côte occidentale d'Ouessant et reconstruit en 1863, il envoie deux éclats blancs toutes les dix secondes — feu Fl(2) W 10s — visibles à 34 milles marins par temps clair, grâce à une optique de premier ordre d'un diamètre de 1,84 mètre. Son plan focal se situe à 70 mètres au-dessus de la mer. La tour en granit noir de 55 mètres et la salle des machines abritent aujourd'hui le Musée des phares et balises, ouvert toute l'année, qui raconte deux siècles d'histoire des aides à la navigation françaises.
3. Ar-Men, Chaussée de Sein
Ar-Men — le «rocher» en breton — est le phare le plus difficile à construire jamais édifié en France. Posté sur un caillou de granit à peine émergé au bout de la Chaussée de Sein, il faut quatorze ans de travaux intermittents (1867-1881) pour achever sa tour de 33 mètres. Les premières années, les ouvriers ne purent travailler que quelques heures par an, chaque vague balayant le chantier. La tour en granit de Kersanton porte un feu Fl(3) W 20s visible à 23 milles. On l'appelle «l'enfer des enfers» — la gradation infernale de l'expression maritime bretonne pour classer les phares du rocher selon la difficulté de leur isolation. Inaccessible au public.
4. Phare d'Eckmühl, Penmarc'h
Le phare d'Eckmühl, inauguré en 1897 à la pointe de Penmarc'h, est l'un des phares les plus élégants de France. Entièrement financé par le legs de la marquise de Blocqueville, fille du maréchal Davout, prince d'Eckmühl, il fut conçu par l'ingénieur Guébes dans un style néo-gothique breton remarquable. La tour en kersantite — une roche volcanique sombre propre à la Bretagne — mesure 65 mètres. Son feu Fl W 5s porte à 23 milles marins. Il domine la Pointe de Penmarc'h, cimetière de centaines de navires depuis l'Antiquité. La tour est ouverte aux visites de juillet à septembre ; la montée de 307 marches est possible.
5. Phare du Four, Archipel de Molène
Le Phare du Four fut construit entre 1874 et 1874 sur les rochers du Raz de Sein, au nord du passage du Four entre l'archipel de Molène et la presqu'île de Crozon. Sa tour en granit de 28 mètres, entourée d'un bâtiment bas, porte un feu Fl(5) W 15s visible à 18 milles. Le passage du Four est l'un des chenaux les plus fréquentés de Bretagne Nord par les plaisanciers descendant vers le golfe de Gascogne, mais ses courants atteignent fréquemment 4 à 5 noeuds. Automatisé, non accessible.
6. Phare de Kéréon, Archipel de Molène
Kéréon est l'«aristocrate» des phares bretons : construit entre 1907 et 1916, grâce à un legs de la famille de Kéréon, il est le seul phare français à posséder un intérieur digne d'un palais — parquet en acajou et chêne, boiseries sculptées, lustre de cristal dans la chambre des gardiens. La tour en granit de 41 mètres se dresse sur le Men Tensel, un rocher des Fromveurs dont les courants atteignent 8 noeuds. Son feu Oc(2+1) WR 24s porte à 17 milles. L'intérieur exceptionnel fut préservé lors de l'automatisation en 2004. Inaccessible au public.
7. Phare de Tévennec, Raz de Sein
Tévennec fut construit en 1875 sur un rocher au milieu du Raz de Sein, passage réputé le plus dangereux de France avec ses courants de 9 à 10 noeuds. La tour de 23 mètres abrite un logis de gardien dont la légende bretonne dit qu'il rendait fous les hommes qui y habitaient seuls. Les gardiens refusaient d'y séjourner seuls ; à partir de 1910, ils furent autorisés à y vivre avec leur famille pour atténuer l'isolement. Son feu Fl W 4s porte à 18 milles. Depuis 2014, le phare accueille des résidences d'artistes organisées par la Société nationale de sauvetage en mer.
8. Phare de l'Île Vierge, Finistère Nord
L'Île Vierge, sur la côte nord du Finistère, abrite la plus haute tour de maçonnerie d'Europe : 82,5 mètres de granit bleu, érigés entre 1897 et 1902 sous la direction des ingénieurs des Ponts et Chaussées. Le plan focal se situe à 77 mètres, offrant une portée nominale de 27 milles marins pour son feu Fl W 5s. La montée de 392 marches, dont 97 en colimaçon dans la lanterne, est organisée par l'équipe d'entretien lors de journées portes ouvertes en été.
9. Phare de Saint-Mathieu, Finistère
Saint-Mathieu occupe une place singulière dans le patrimoine breton : la tour du XIXe siècle fut élevée sur les ruines d'une abbaye médiévale du Xe siècle, dont les murs romans servent toujours de fondation. La tour en granit de 36 mètres porte un feu Fl(2) W 15s visible à 29 milles marins. La pointe Saint-Mathieu, à l'entrée de la rade de Brest, est accessible depuis Conquet. Les ruines de l'abbaye sont ouvertes à la visite.
10. Phare de la Vieille, Raz de Sein
La Vieille («la vieille femme»), construite entre 1882 et 1887 sur le rocher de la Gorle Vraz dans le Raz de Sein, est le troisième phare de ce passage redoutable après Tévennec et les tourelles de balise. Sa tour de 26 mètres en granit rose porte un feu Oc(2+1) WRG 12s. Elle fut le dernier grand phare breton gardé en permanence, avant d'être automatisée en 1995. Inaccessible, mais visible depuis le sémaphore de la Pointe du Raz.
Informations pratiques
La plupart des phares en mer sont visibles depuis les caps et les embarcadères, mais non accessibles. Ceux d'Ouessant (Créac'h) et d'Eckmühl, ainsi que l'Île Vierge, proposent des visites organisées. La saison touristique s'étend de juin à septembre. Les traversées vers Ouessant partent de Brest et Le Conquet. Pour explorer l'ensemble des phares bretons en mer et sur la côte, ouvrez la carte.