Les 10 phares les plus remarquables de Russie
La Russie possède le plus long littoral du monde — de la Baltique à l'Arctique, du Pacifique à la mer Noire — et son histoire phares reflète trois siècles d'ambitions maritimes. Pierre le Grand, qui fonda la flotte impériale, fit ériger dès le début du XVIII° siècle les premières tours en maçonnerie sur les approches de Saint-Pétersbourg. Ses successeurs étendirent ce réseau jusqu'aux mers glaciales de l'Extrême-Orient, où des phares en fonte résistaient aux typhons et aux glaces. Certains de ces édifices sont désormais abandonnés, victimes de l'automatisation et du dépeuplement, tandis que d'autres ont acquis une renommée mondiale comme symboles de l'isolement sublime. Ouvrez la carte pour explorer la géographie des phares russes.
1. Tolbukhin, golfe de Finlande
Le phare de Tolbukhin, érigé sur un îlot artificiel au fond du golfe de Finlande à l'entrée du port de Kronstadt, est l'un des plus anciens phares russes encore debout. Sa construction en maçonnerie de granit remonte à 1810, sous la direction de l'ingénieur Léontii Spafaryev, sur les fondations d'un premier feu de bois datant de 1719. La tour octogonale de 18 mètres émet un éclat blanc de groupe (deux) toutes les dix secondes, visible à 16 milles nautiques, guidant les navires qui pénètrent dans la Neva depuis la Baltique. Classé monument fédéral, il reste actif. L'accès est possible par bateau depuis Kronstadt lors des visites organisées en été.
2. Aniva, Sakhaline
Le phare d'Aniva est devenu l'une des images les plus emblématiques de l'architecture maritime du XX° siècle. Construit entre 1937 et 1939 par l'ingénieur japonais Miura Shinobu sur un rocher effilé à la pointe sud de l'île de Sakhaline, au milieu du chenal d'Aniva, cette tour octogonale en béton armé de dix étages mesure 31 mètres. Elle guidait les navires entre la mer du Japon et la mer d'Okhotsk à travers l'un des passages les plus agités du Pacifique Nord. Abandonné après 1990, le phare est en cours de restauration par des bénévoles privés. Des visites nautiques depuis Korsakov sont organisées chaque été ; le site ne dispose pas d'hébergement.
3. Tokarevsky, Vladivostok
Le phare de Tokarevsky se dresse à l'extrémité d'une digue en pierres sèches reliant la côte de Vladivostok à un îlot rocheux dans la baie de l'Amour. Inauguré en 1910, sa tour de fonte peinte en blanc et rouge mesure 12 mètres ; son feu à éclat vert régulier toutes les quatre secondes porte à 9 milles et marque les hauts-fonds à l'entrée de la baie d'Amour, un plan d'eau dangereusement encombré de récifs immergés. L'un des phares les plus accessibles de Russie, il est atteignable à pied le long de la digue au départ du parc Tokarevsky par temps calme. Actif, ouvert et très fréquenté par les promeneurs de Vladivostok.
4. Cape Aniva (phare de cap), Sakhaline
Distinct du phare sur rocher décrit ci-dessus, ce phare de cap marque l'extrémité méridionale de la péninsule de Tonino-Anivsky sur l'île de Sakhaline. Construit en 1946 sur des fondations initialement posées par les Japonais, sa tour de maçonnerie blanche de 22 mètres domine des falaises abruptes qui plongent dans des eaux connues pour leurs brouillards épais et leurs courants puissants. Le feu à éclat toutes les cinq secondes est visible à 18 milles nautiques. Désaffecté et dans un état de dégradation avancé, il est l'objet d'un projet de classement patrimonial. Des expéditions organisées depuis Korsakov permettent d'en approcher par mer en saison estivale.
5. Rumberg, Kaliningrad
Le phare de Rumberg — connu sous son nom allemand Leuchtturm Brüsterort avant 1945 — marque l'angle nord-ouest de l'exclave russe de Kaliningrad, à la pointe du Samland qui s'avance dans la Baltique. Construit par les Prussiens en 1813 et rehaussé en 1890 pour atteindre 31 mètres, il guide les navires entre le goulet de Königsberg et les eaux danoises. Sa lanterne émet un éclat blanc-rouge de groupe visible à 17 milles. Le phare, aujourd'hui sous administration russe, est actif. Le musée de la navigation de Pionersky, situé à proximité, documente l'histoire maritime prussienne et soviétique de cette côte ambiguë.
6. Phare de Seskar, golfe de Finlande
Sur l'île de Seskar, à mi-parcours entre Kronstadt et la côte finnoise, s'élève un phare en fonte à colonne striée caractéristique du style de la marine impériale russe du milieu du XIX° siècle. Construit vers 1855, il mesure 23 mètres et émettait un feu fixe blanc jusqu'à sa mise hors service partielle. L'île, longtemps fermée comme base militaire soviétique, est désormais accessible aux plaisanciers russes. Le phare lui-même, entouré de végétation, est dans un état de conservation médiocre mais constitue une destination prisée des amateurs de patrimoine industriel.
7. Phare de Stürögden, mer Blanche
Sur la côte de la mer Blanche, ce phare en bois reconstruit au XX° siècle sur les fondations d'une ancienne balise de l'époque des monastères de Solovki marque une île basse à l'entrée de la baie de Onega. Haut de 17 mètres, son feu à éclat rouge toutes les six secondes guide les caboteurs dans le delta de l'Onega. La mer Blanche, peu profonde et parsemée de bancs de sable, se couvre de glace de décembre à avril, rendant toute navigation difficile sans balisage soigné. L'accès n'est possible qu'en bateau depuis Arkhangelsk.
8. Phare de Stantsiya Baykal, lac Baïkal
Le lac Baïkal, le plus profond du monde, abrite plusieurs phares qui guidaient les navires sur ses eaux imprévisibles avant la construction du Transsibérien. Le phare de la station Baïkal, érigé à la fin du XIX° siècle à l'extrémité occidentale du lac, était une petite tour de bois de 9 mètres, dont il reste des vestiges dans la réserve naturelle de Baïkal. Il illustre la navigation lacustre en Sibérie, où les tempêtes soudaines du "sarma" transformaient la traversée en une épreuve mortelle pour les bacs chargés de marchandises.
9. Phare de Mys Golovacheva, Vladivostok
Sur la presqu'île de Muravyov-Amursky, le phare de Mys Golovacheva marque un récif à fleur d'eau dans le passage entre la baie d'Amour et la baie d'Oussouri. Construit en 1910, sa tour en fonte de 11 mètres émet un feu à éclat rouge sectorisé qui signale les dangers à l'entrée du port militaire. Bien que peu connu du grand public, il est visible depuis les belvédères de la ville et illustre la densité remarquable du balisage maritime dans les eaux intérieures de Vladivostok.
10. Phare de Zolotoi Rog, Vladivostok
La Corne d'Or de Vladivostok, cette rade naturelle profonde au fond de la baie de Pierre-le-Grand, est marquée à son entrée par un phare de môle construit au début du XX° siècle. La tour de béton de 14 mètres émet un feu rouge à éclat régulier qui délimite le chenal principal du port militaire et commercial. L'histoire de ce phare est indissociable de celle de la ville : fondée en 1860, Vladivostok devint rapidement le terminus oriental du Transsibérien et le port le plus actif de l'Extrême-Orient russe, et son balisage fut l'objet de soins constants de la marine impériale.
Informations pratiques
Les phares russes relèvent principalement du Service hydrographique de la Marine, ce qui rend leur accès individuel souvent difficile. Les phares de Kaliningrad et de Vladivostok sont les plus accessibles, avec des visites possibles depuis les villes proches. Pour le phare d'Aniva à Sakhaline — l'une des destinations les plus spectaculaires — des agences locales à Yuzhno-Sakhalinsk organisent des excursions nautiques de mai à septembre. Le phare de Tolbukhin est visible depuis la mer lors des croisières autour de Kronstadt. Ouvrez la carte pour localiser ces phares et planifier votre voyage dans les régions maritimes de Russie.