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Les 10 Phares les Plus Remarquables des Îles Canaries

Les îles Canaries sont l'avant-poste de l'Europe dans l'Atlantique subtropical, la porte d'entrée historique vers les Amériques et l'Afrique subsaharienne. Depuis que Christophe Colomb fit escale à Gran Canaria et La Gomera en 1492, les Canaries sont devenues un carrefour maritime mondial, et leurs côtes découpées, leurs pointes volcaniques et leurs courants traîtres ont nécessité un balisage soigné. La Autoridad Portuaria et l'administration générale de l'État espagnol gèrent aujourd'hui une dizaine de grands phares répartis sur les sept îles, chacun ayant été conçu pour couvrir une zone critique dans un archipel aux géographies très différentes : les falaises volcaniques abruptes de La Palma et d'El Hierro, les plages de sable noir de Tenerife, les dunes de Gran Canaria et les côtes rocheuses de Lanzarote. La plupart des phares canariens furent construits entre 1860 et 1920 selon des plans de l'ingénieur général des phares d'Espagne, et leur architecture sobre mais fonctionnelle s'intègre harmonieusement dans les paysages volcaniques.

1. Phare de Maspalomas, Gran Canaria

Le phare de Maspalomas, à la pointe méridionale de Gran Canaria, est l'un des phares les plus reconnaissables d'Espagne. Construit en 1890 selon les plans de l'ingénieur Juan de León y Castillo — fils d'une grande famille canarienne — la tour cylindrique de 55 mètres est la plus haute de l'archipel. Son feu blanc à éclats rapides, visible à 28 milles nautiques, guide les navires dans le passage entre Gran Canaria et les îles de Fuerteventura et Lanzarote. Le phare se dresse au milieu des célèbres dunes de Maspalomas, un campo de sable de 400 hectares classé réserve naturelle, créant un contraste saisissant entre la blancheur de la tour et l'ocre des dunes. La maison du gardien abrite aujourd'hui un restaurant ; le phare est visible depuis la plage de Maspalomas et accessible par la promenade côtière.

2. Phare de Fuencaliente (La Palma), La Palma

La pointe méridionale de La Palma, Fuencaliente, est l'une des zones les plus actives sur le plan volcanique des Canaries — l'éruption de Tajogaite en 2021 ajouta plusieurs hectares de lave au rivage en modifiant radicalement le paysage côtier. Le phare de Fuencaliente, construit en 1892, fut partiellement englouti lors d'une éruption précédente en 1971 et remplacé par un nouveau phare moderne ; les ruines de l'ancien phare sont désormais une curiosité touristique. Le phare actuel, une tour blanche de 21 mètres érigée en 1985, émet un feu blanc à éclats visible à 17 milles nautiques couvrant les approches de la route maritime entre La Palma et les côtes africaines. La coexistence des deux phares — l'un enterré dans la lave, l'autre fonctionnel — est une métaphore puissante de la géologie vivante des Canaries.

3. Phare de Punta de Anaga, Tenerife

Le cap d'Anaga, à la pointe nord-est de Tenerife, est l'endroit où les vents alizés et les courants atlantiques se concentrent en un point particulièrement turbulent. Le phare de Punta de Anaga, construit en 1897 et électrifié en 1929, est une tour cylindrique en maçonnerie de 23 mètres dont le feu blanc à éclats, visible à 24 milles nautiques, est une référence pour tous les navires approchant Santa Cruz de Tenerife par le nord. La massif d'Anaga, classé réserve de biosphère de l'UNESCO, est recouvert d'une laurisylve — forêt laurophylle subtropical — d'une densité et d'une ancienneté remarquables. Le phare est accessible par une route forestière depuis Taganana, dans un décor de ravins boisés et de brumes quasi permanentes.

4. Phare d'Orchilla (El Hierro), El Hierro

El Hierro est la plus petite et la plus isolée des grandes îles canariennes. La pointe d'Orchilla, sur sa côte occidentale, fut jusqu'en 1884 le méridien zéro officiel des géographes et cartographes espagnols — l'équivalent insulaire de Greenwich. Le phare d'Orchilla, construit en 1932 à la suite d'un décret modernisant les aides à la navigation des îles extrêmes, est une tour blanche de 15 mètres dont le feu blanc à éclats, visible à 20 milles nautiques, marque l'extrémité occidentale de l'espace maritime espagnol. El Hierro aspire à devenir la première île au monde entièrement alimentée par les énergies renouvelables ; le phare d'Orchilla fonctionne déjà sur réseau hybride éolien-hydraulique. L'accès au phare nécessite un véhicule tout-terrain depuis la capitale Valverde.

5. Phare de Punta de la Entallada, Fuerteventura

La pointe d'Entallada, sur la côte est de Fuerteventura, est le cap le plus proche des côtes africaines de tout l'archipel — moins de 100 kilomètres séparent ce point des côtes marocaines. Le phare construit en 1953 est une tour blanche de 22 mètres dont le feu blanc à éclats, visible à 23 milles nautiques, surveille une zone maritime intense : c'est ici que transitent les embarcations de migrants depuis les côtes d'Afrique de l'Ouest, une réalité humaine dramatique que les gardiens ont longtemps été les premiers à observer. La zone est également un spot de surf de renommée mondiale pour la pratique du surf à longues vagues de houle atlantique. Le phare est accessible par une route panoramique depuis Las Playitas.

6. Phare de Punta Martino, Lanzarote

Lanzarote, l'île la plus orientale des Canaries et la plus aride, présente un paysage lunaire de lave noire sculptée par les éruptions du XVIIIe siècle. Le phare de Punta Martino, construit en 1865 sur la côte nord, est l'une des premières structures maçonnées modernes érigées sur l'île. Sa tour blanche de 16 mètres guide les navires longeant la côte nord vers le port de Arrecife, et son feu rouge et blanc de secteur signale les roches isolées de Punta Martino, dangereuses pour les navires à tirant d'eau important. Le phare se dresse dans le parc national de Timanfaya, ou à proximité immédiate, et la vue sur les champs de lave en direction des caldeiras du Timanfaya est un spectacle d'une austérité sidérale.

7. Phare de Isla de Lobos, Fuerteventura

L'île de Lobos, un îlot volcanique de 4,5 km² entre Fuerteventura et Lanzarote, tire son nom des phoques moines (lobos marinos) qui y vivaient en grand nombre avant d'être exterminés par les pêcheurs du XVIe siècle. Le phare de Lobos, construit en 1865 et réhabilité en 1985, est une petite tour blanche de 10 mètres qui marque le chenal entre les deux îles. L'île est aujourd'hui une réserve naturelle intégrale accessible uniquement par les ferrys du matin depuis Corralejo ; l'accès au phare se fait par un chemin de sable sur l'îlot pratiquement plat. Le snorkeling dans les eaux cristallines entourant le phare est une expérience remarquable.

8. Phare de Punta Cumplida, La Palma

La côte nord de La Palma est parmi les plus arrosées et les plus verdoyantes des Canaries — une conséquence directe des alizés qui déversent leur humidité sur les flancs nord de l'île. Le phare de Punta Cumplida, construit en 1879 sur la pointe nord-est, est une tour cylindrique blanche de 25 mètres dont le feu rouge et blanc de secteur, visible à 17 milles nautiques, protège les navires des rochers immergés de la pointe. Les alentours immédiats du phare sont couverts d'une végétation luxuriante de bananiers, de lauriers et de fougères arborescentes — un contraste absolu avec les paysages volcaniques désertiques des îles orientales.

9. Phare de la Restinga, El Hierro

La Restinga, à la pointe méridionale d'El Hierro, est le village de plongée le plus réputé des Canaries : ses fonds marins, d'une clarté et d'une biodiversité exceptionnelles, sont classés réserve marine. Le phare construit sur le cap adjacent dans les années 1960 est une tour blanche de 14 mètres dont le feu blanc à éclats signale les abords d'une côte de lave noire particulièrement inhospitalière. L'éruption sous-marine de 2011-2012 au large de La Restinga déposa une nouvelle coulée de lave sur les fonds marins voisins, créant de nouveaux habitats qui furent rapidement colonisés par la faune marine. Des excursions de plongée depuis La Restinga permettent d'explorer ces fonds vierges.

10. Phare de Punta del Hidalgo, Tenerife

La côte nord-est de Tenerife, entre Anaga et la commune de La Laguna, est battue par les houles de l'Atlantique nord sans aucune protection naturelle. Le phare de Punta del Hidalgo, construit en 1892 et modernisé en 1957, est une tour blanche de 18 mètres perchée sur des falaises basaltiques verticales. Son feu rouge et blanc de secteur guide les navires dans le couloir côtier entre Tenerife et l'île de Gran Canaria. La plage de Punta del Hidalgo, au pied du phare, est l'une des plus préservées de Tenerife ; la zone est également un point d'observation privilégié des baleines pilotes qui fréquentent ce couloir maritime en toutes saisons.

Informations pratiques

Les îles Canaries sont accessibles par vols directs depuis la plupart des capitales européennes. Les phares de Maspalomas et Punta de Anaga sont les plus accessibles ; ceux d'El Hierro et de La Palma nécessitent de prendre un ferry ou un vol inter-îles depuis Tenerife. La saison touristique est permanente grâce au climat subtropical, mais le printemps (mars-mai) offre des conditions idéales pour les randonnées côtières. Ouvrez la carte pour explorer l'ensemble des phares des îles Canaries.